Deluge – Ægo Templo

Le monde du Post-Black français est en pleine expansion. Le sujet de l’article d’aujourd’hui est l’un des principaux acteurs de ce phénomène. Ce dernier est même à la limite de devenir une tête d’affiche de sa scène tant sa réputation est croissante.

Deluge fait partie de ces groupes français ayant une réputation naissante au sein de la scène dans laquelle il officie. Æther, le premier disque du quintette lorrain avait eu le mérite de le faire connaître et lui a aussi permis de signer chez le gros poisson Metal Blade Records pour ce second opus. Lorsque l’on compare ces deux derniers, la différence est vivement présente. En effet, la musique du collectif s’y fait moins brouillonne, beaucoup plus claire et facilement compréhensible dans sa forme. Le mixage est toujours aussi dense (il va sans dire que c’est l’une des caractéristiques fondamentales du Post-Black Métal) mais cet aspect était bien trop peu maîtrisé, voire brouillon. Sur ce nouvel effort, ce problème n’est plus présent, la production étant bien plus limpide et audible.

Malgré son statut d’espoir de la scène française, Deluge apparaît déjà comme l’une des têtes d’affiche du grand monde du Post-Black. On peut souligner leur tournée malheureusement avortée à cause des conditions sanitaires actuelles avec Igorrr. En proposant une musique à la fois très brutale mais aussi très belle et émouvante, le groupe parvient à brasser un public très large ainsi que des néophytes découvrant ce monde. Alternant entre ambiances très calmes et planantes et atmosphères directes et droit dans ta face, le collectif ne tourne pas en rond, bien au contraire. Grâce à cette diversité d’ambiances, Ægo Templo reste très frais et intéressant durant tout son long. L’exemple parfait est le morceau d’ouverture, « Souffre », nous immisçant très progressivement et tout en douceur dans ce nouvel album avec trente secondes de bruits de vagues lointaines.

Ces passages plus atmosphériques permettent de décupler l’efficacité et d’intensifier ces moments plus brutaux. De plus, l’ajout d’une voix claire, permise grâce à l’arrivée d’un nouveau chanteur, occupant aussi le poste de pianiste, apporte beaucoup de clarté. On peut aussi retrouver des instruments inhabituels dans le monde du Black Métal comme le saxophone que l’on peut entendre sur le premier single « Opprobre » joué par Matthieu Metzger. Une voix féminine se fraye aussi un chemin à travers trois morceaux. En effet, les titres « Abysses », Ægo Templo » ainsi que « Digue » bénéficient des talents de la chanteuse Hélène Muesser. Pour finir concernant les invités, la piste « Gloire au Silence » profite d’une collaboration avec le légendaire vocaliste du groupe japonais Envy : Tetsuya Fukagawa.

Toutes ces nouveautés ainsi que tous ces invités viennent grandement enrichir la musique de Deluge et la rendre bien plus immersive. Concernant les paroles, ce nouvel album explore les thèmes de la construction et de la reconstruction individuelle ainsi que du travail sur soi à travers le temple de l’égo, à savoir notre propre corps. L’artwork, réalisé par Metastazis, tout comme celui du premier disque met en avant des couleurs bien plus chaudes et chaleureuses. Le coloris bleu présent sur toute la discographie du collectif représente leur fil directeur : l’eau, élément qui peut faire passer énormément d’émotions.

Le retour du groupe se fait après cinq années d’inactivité discographique. Suite à un changement de line-up, Deluge revient en cette fin 2020 avec un second effort studio qui montre une évolution importante. Bien plus sûr et mature que dans ses plus jeunes années, le groupe se dirige sur un chemin très encourageant laissant espérer une très belle suite de carrière. De plus, le fait de collaborer avec un label aussi important que Metal Blade Records assure au collectif originaire de Lorraine une pérennité commerciale et artistique. Ce deuxième disque se révèle comme annonciateur d’une formation ayant un immense potentiel, attendant patiemment d’éclater aux yeux du monde. Avec une pièce plus vaste, diversifié et nuancé que son prédécesseur, son frère cadet ne pourra qu’être meilleur s’il suit cette même voie.