Granny Smith

Acidité garantie depuis 2011.

PJCG #3 – Radiohead (By Jimmy Kane)

Le gars Jimmy Kane est un artiste, un enfant du cinéma complètement timbré dans son esprit. Vous avez pu le lire, à travers certaines biographies des groupes de Theizé Plaisir 2014 et 2015. Aujourd’hui, il prend sa plume pour nous expliquer, pourquoi il aime Radiohead.

C’est dans la file d’attente du pôle emploi que j’ai rencontré Granny Smith. Au début, je ne l’ai pas vraiment remarqué : une coiffure au pento et un complet veston acheté chez Jules ne lui rendait pas forcément justice. Le jeune homme, stressé par la perspective d’un rendez-vous avec le conseiller des lieux n’avait d’autres moyens pour expulser la pression que d’évacuer, par intervalles bâtardes, des pets trapus où l’œuf et le poireau flirtait sans aucun scrupule. C’est quand il a commencé à se prendre en selfie devant un sosie de David Pujadas en tutu que j’ai explosé : « Dis donc machin, j’suis pas sur ta photo j’espère » Évidemment, non, je n’y étais pas, mais fallait que j’me défoule, ça sentait trop la merde au milieu des allées.

Le mec m’entend pas vu que sur ses deux oreilles, il y a une bien belle paire, de quoi ? Je vous le donne en mille : des écouteurs rose pâle, les moches là, vous savez ? J’insiste, je lui tape l’épaule pour attirer son attention. Là, le mec se retourne, tout sourire : un Jésus en pleine paix qui s’était fait lustrer l’endive : « Ah ! La sixième minute du quatorzième morceau du 107ème album ! J’suis content de trouver des connaisseurs dans l’assemblée, tiens ! Ca m’fait chaud au cœur ! » Soudainement, j’me suis dit qu’il devait nous couver un petit quelque chose : « T’as de la fièvre mon biquet ? Dis, tu tombes un peu mal, j’ai laissé mes aspro chez moi ». Là évidemment, le mec devient sympa, il a l’air réceptif à l’humour discount qui me sert à tapiner et il sort ses cannettes de pepsi. Il m’en tend une, dis donc, ce marteau ! « T’es pas fou ? » que j’lui dis ! Mais bon, il pouvait pas savoir. Il est quand même sympa et puis il fait chaud tout autour, j’bois quand même une gorgée : j’ai des crampes d’estomac, mais c’est pas grave, l’effet Kiss Cool, ma gueule.

Tiens, dis voir, j’suis curieux – qu’il m’balance – j’suis curieux, et j’me pose une question. T’as une gueule bizarre, aplatie et toute ronde, tu me fais penser à un truc mais je sais plus c’que ça représente. C’est un peu compliqué et un peu intello, le genre 50/50, Gin/Tonic des grands jours.
Oula ! Je t’arrête tout de suite – je riposte aussitôt – si c’est pour m’annoncer que j’ai une tête de Radio, va falloir la jouer fine.
Ouai, c’est ça ! C’est à la tête du chat-ours que tu me fais penser.
Quand même, parfois on a beau savoir que la nature ne nous a pas doté des odeurs corporelles les plus défendables, ça fait toujours drôle de se faire comparer à un fromage…

Alors oui, j’aime bien Radiohead, bravo Granny Smith, tiens, reprends des lasagnes.

J’ai découvert Radiohead un peu tard avec OK Computer et, NON DE DIEU, j’avais trouvé ça nul ! Heureusement, le temps a passé et j’ai eu le temps de me crever l’œil gauche. Depuis je trouve cet album excellent. Mais je n’ai jamais voulu cracher sur le diptyque qui divise : j’appréciais et apprécie encore beaucoup Kid A/Amnesiac. Le gros coup de cœur pour Hail to the Thief évidemment ne pose pas trop de problème puisque je trouve que c’est l’album le plus juste et équilibré. King of Limbs est très chouette, osé, un peu surestimé mais ça s’excuse. Je préfère les bandes originales de Johnny Greenwood parce que Thom Yorke craque un peu trop son bénard.

Alors attention les lèves-tôt, ça c’est l’introduction. Va pas falloir cligner des yeux, ça va aller très vite, fais pas le mariolle toi, même si t’as compris, j’vais vous le faire façon Club Dorothée, attention les loulou, faites pas traîner vos billes.

Qu’est-ce que c’est Radiohead ? C’est des guitares qui, la plupart du temps, ont le bon goût d’être à la fois tranchante et grasse – on ne rappellera jamais ô combien le duo Telecaster/LesPaul est un cadeau des dieux, même si -sa race la pute, deuxième digression- il arrive aussi à nos amis de chouchouter les Rickenbacker aux cotés d’une SG.

C’est aussi la basse de Colin qui -attention, une blague à la Granny Smith- se sent comme un poisson dans l’eau avec son instrument si bien qu’il arrive très rarement, avec l’énergumène, de nager en eaux trouble : ça respire, et en même temps, mon pote, c’est un peu déphasé, répétitif, hypnotisant.

La batterie, les machines, bon, ils expérimentent et ça c’est plutôt bien. C’est pas toujours excellent mais c’est rarement mauvais. Je trouve même ça meilleur à chaque écoute. Alors oui, c’est très bien de tenter des trucs, c’est même une qualité, qui, je crois, a été oublié par des groupes comme Motorhead et AC/DC (Coucou, tu veux mon doigt ?). ALORS MERCI RADIOHEAD d’avoir commencé à expérimenter avec OK Computer parce que Pablo Honey et The Bends c’était mignon tout plein mais la brit pop avait, on le sait, d’autres chats à fouetter.

Et puisqu’on parle de chat qui miaule, on va parler de la voix de Thom Tommy chéri. Et là, comme ton pote qui lis les Inrocks tu vas dire « on aime ou on aime pas, les goûts et les couleurs et mes couilles sur ton nez c’est de l’optique sur mesure » Oui. En fait, ce que je trouve bien dans cette voix, c’est le coté à la limite de tomber dans le faux. C’est bien parce que c’est dangereux. C’est dangereux mais ça a du coffre. Et puis Thom Yorke qui fait un AVC à chaque fois qu’il chante dans un mic, quand même, c’est rigolo, on dirait qu’il a avalé un knacki de travers par les voix nasales. Ces chorégraphies qui vont lorgner un peu du coté du buto, pour Lotus Flower, c’est pas une mauvaise chose mais bon, j’ai du passer à coté. Néanmoins, il surprend toujours. Par contre, Thom, t’es gentil, arrête de sortir des disques de 4 titres qui coûte trois fois plus cher que les cinq dixième de mon assurance vie (lâche ta calculatrice, sale neuneu, j’ai pas compté moi-même).

Radiohead m’a ému et chaque soir avant d’aller me coucher, je prononce trois pater et deux avé en priant pour que ça puisse continuer comme ça a commencé : avec l’envie de jouer.

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