Noctambulist – Noctambulist I : Elegieën

Un premier album nécessite beaucoup de travail, un recul important et un courage prodigieux. D’autant plus dans un monde comme le Post-Black, en pleine croissance depuis plusieurs années. Les néerlandais de Noctambulist se sont lancés dans cette entreprise en ce début d’année 2021, alors en plein contexte de crise sanitaire mondiale.

Le quintet de Tilburg n’est pas un groupe si jeune que ça. Formée en 2015, la formation a pris son temps, afin de s’assurer d’être sure de choisir une direction sûre et pérenne pour développer sa musique. Cette germination aura duré six années, durant lesquelles une demi-douzaine de morceaux seront composés et conservés. Ces titres composent le premier chapitre discographique de la carrière du collectif, Noctambulist I : Elegieën.

Ce premier album a le mérite de se démarquer par une caractéristique plutôt atypique pour le genre : les paroles sont intégralement chantées en néerlandais, langue natale du groupe. Même si ces dernières ne constituent pas un aspect primaire, surtout dans un album de Post-Black, la démarche a le panache de tenter de démarquer la formation. La voilà donc, la particularité de Noctambulist. On ne dirait pas comme ça, mais ce genre de différence peut faire décoller une aussi petite formation, surtout à une échelle locale. Preuve qu’il est toujours primordiale d’être en quête d’originalité.

Ici, ce premier volet est armé d’une très belle pochette aux tons automnaux, rappelant l’artwork de l’album Adore du groupe originaire de l’Alberta : Numenorean. Officiant également dans la scène Post-Black foisonnante ces dernières années. Toutefois, cette dernière est bien plus colorée et lumineuse que son aîné visuel. Noctambulist I : Elegieën nous offre par ailleurs une formule assez coutumière du style susnommé. Les Blast-Beats, les cris perçants ainsi que le Tremolo Picking sont au rendez-vous. En termes de production, attendre une pièce aux fondations sonores parfaitement calibrées ne serait pas réaliste, c’est un premier album qui de plus est, fait partie d’un monde dans lequel le Lo-Fi est majoritaire.

Malgré cette tendance à aller vers des univers sonores plus brumeux que nets, ce premier opus discographique du groupe néerlandais n’en demeure pas inaudible pour autant. Ce dernier se laisse très bien écouter, proposant même des moments plus doux et mélancoliques, à l’instar de la troisième piste du disque “De Leegte Wenkt”. La présence d’orchestration est également régulière au sein de Elegieën. Apportant beaucoup de lumière aux passages plus caressants, puis un grandiose et une véritable mélancolie aux parties d’avantage directes et brutales.

Assez atmosphériques et progressives, les compositions laissent transparaître des structures complexes. Provenant de morceaux majoritairement longs si on ne prend pas en compte la piste d’ouverture, pure introduction préparant le terrain pour la suite. L’exemple le plus démonstratif se trouvant être la magistrale pièce de clôture, longue de presque 14 minutes : « Kraaienmars ». Plus les morceaux se suivent, plus les écoutes se répètent, et plus un véritable sentiment d’immersion profonde se fait ressentir. Laissant place à une sensation de plongée complète dans un univers brutal, brumeux mais également beau et mélodique. L’illustration tirant très bien la plus accomplie synthèse de ce que sait faire Noctambulist est le seul et unique single de ce premier volet : “Vagevuur”.

A vrai dire, la musique du quintet s’accorde remarquablement bien avec l’univers visuel dépeint au sein de l’artwork de son disque. Se rapprochant d’une possible bande sonore d’une après-midi automnale : froide, austère, mais également éblouissante et douce. La symbiose entre les musiciens est ici très aboutie, donnant place à une œuvre emplie de cohérence et d’une certaine maturité malgré son caractère juvénile. Avec un son déjà très riche et formidablement harmonieux, surtout pour signer des débuts discographiques.

Mais ne vous méprenez pas, malgré ce discours élogieux, nous ne sommes pas non plus en face d’un chef d’œuvre qui marquera au fer rouge le monde du Post-Black. Cependant, ici Noctambulist offre un manifeste déjà très élaboré et réfléchi de ses capacités, donnant un certain espoir concernant son avenir, qui promet d’être radieux.