Granny’s Playlist #6 : Daniel Darc, lumineux.

Voilà 5 ans, jour pour jour, que Daniel Darc nous a quittés. Un artiste important pour notre Sjoehyenar qui a décidé de lui rendre un hommage à travers notre 6ème playlist.

« Je m’aperçois que rien ne va bien
Je m’aperçois que rien ne vaut rien
Le monde je n’y suis pas chez moi
Je crois que tu ne comprends pas
Que tu ne comprends pas. »

Que vous ne comprenez pas. Ne pas comprendre. Ne pas comprendre que derrière ces gueules et ces tatouages, ces traits tirés et estomacs ravagés, ces veines morcelées et ces corps détruits pouvaient se cacher cicatrices et nuits blanches mutilées. Ne pas comprendre que ce monde pouvait aussi en dévaster quelques-uns. Laissés pour compte et oubliés, dégueulant leurs derniers espoirs dans ce qu’ils peuvent. Trouvent. Dans ce qui leur tend encore les bras minuit passé.

Pour ces hommes, ces femmes, mort-nés, ce monde pouvait être un calvaire. Ce monde peut être un calvaire.
Où, pour oublier, les refuges se font à l’abri des regards inconnus. Loin des autres. De ceux qui sourient, heureux et fiers. Se réfugier dans le premier fix qui en appellera d’autres, interrompus le temps de quelques nuits sous les néons blancs du premier hosto venu. Se réfugier dans les lectures, de Drieu La Rochelle à Rebatet, de Kerouac à Burroughs, de ceux que l’on aime appeler traîtres et vendus, junkies et paumés. Se ressourcer dans l’art brut des psaumes. Rester loin d’eux, de cette société et des gens qui l’y occupent. Se reposer dans ce protestantisme, simple et ascétique. Se reposer. Loin de tout. Loin de nous. Depuis cinq ans.

« Les regrets ça va droit au cœur
Et ça y reste
Jusqu’à ce qu’on meurt»

Daniel Darc s’en est allé rejoindre un paradis, un 28 février 2013. Loin de cet enfer et de ses démons. Certains l’ont oublié, d’autres le gardent encore en mémoire. De ces textes et récits, de ces larmes et taches de sang, de ces lectures nocturnes teintées de Beat sur fond de Johnny Cash, de ces … Daniel Darc ne se résume guère. Il se vit et se vivra encore pour ceux qui en prendront la peine. Il se pense et se pleure. Dans l’attente de la fin.

Pour le moment, on continuera. De vivre dans les dédales de ces rues, vagabonder ci-et-là dans ce monde immobile. L’âme lourde, riche de sens et de souffrances tragiques, de rêves épuisés et de souvenirs inconnus qui ne se présenteront jamais à nous. Continuer de vivre cette anxiété perpétuelle. Espérer aimer, encore un peu, ce cœur d’autrui qui ne nous entend pas.
Daniel Darc, né un jour de mai, rive gauche, au sud de nulle, était le printemps. Depuis ce 28 février, le printemps n’est plus. Envolé dans sa fragile subtilité, dans ses peurs et ses douleurs, dans ses croyances et ses éclats lumineux.

« Quand un feu follet s’éteint
Que devient-il est-ce la fin
La fin ce doit être doux
Peut-être est-ce comme être vous. »

Le feu follet s’en est allé dans une douleur tumultueuse. La fin, elle, n’est que douceur. Espérons-le.
Merci d’avoir été là, Daniel.
Merci d’avoir été cette parenthèse.
Enchantée.
Merci d’être encore là.

« Si jamais je vous raconte mon histoire vous aurez honte
Je suis né brisé la lumière passe à travers moi
Je suis fêlé

Il faut me chérir, faire attention à moi ne jamais partir
Je pourrais bien m’effondrer si vous n’êtes pas à mes côtés
Cherchez, approchez, approchez-vous encore sans vous je suis mort
Il ne faut jamais m’oublier, il ne faudrait pas m’oublier

Je ne laisserai pas de beaux bébés,
Pas de veuve éplorée, pas d’amis, pas de fortune
Je ne laisserai rien
Et après, après la page sera tournée
Et tout comme avant pourra continuer
Je n’aurai été qu’une parenthèse enchantée
Dans votre merdier, dans votre merdier. »