L’album de l’année 2015 : Le choix des rédacteurs

On continue notre série d’article consacrée à nos albums préférés de la décennie qui vient de s’écouler. On arrive au milieu de la décennie avec l’année 2015.

L’album de Play To Die : Leprous – The Congregation

2015 fut pour moi une année avec peu d’albums qui m’intéressaient, par contre chacun fut une énorme réussite. Birth Of A New Day de 2814, Trilogy de Carpenter Brut, Coma Ecliptic de BTBAM, l’éponyme de Gunship ou encore Meliora de Ghost furent de vraie réussites. Mais la plus grande vint du quintet norvégien Leprous, avec un album long (70 minutes !) mais excellent.

Après un Coal (2013) de très bonne facture, Leprous est revenu en 2015 avec un des meilleurs albums de la décennie. The Congregation, sorti en mai, explore plus loin que son prédécesseur le metal progressif sombre et saccadé qui caractérisait le groupe jusqu’à récemment. Le son est plus lourd, les paroles plus sombres, et la pochette plus ténébreuse avec la représentation d’un squelette déformé (qui est d’ailleurs exposé en musée à Paris). Le palm mute se généralise avec des guitares djent sous accordées (« The Flood », « Slave ») et l’ambiance froide scandinave se ressent sur l’entière longueur de l’album. Il faut noter que les performances de chaque musicien sont colossales : la voix d’Einar Solberg est poussée dans ses retranchements (« Third Law ») et les parties rythmiques de Tor Oddmund Suhrke et Øystein Landsverk sont encore plus alambiquées que sur les sorties précédentes. Si la basse de Simen Børven est assez discrète, elle n’en reste pas moins puissante alors que le dernier arrivé, Baard Kolstad, explose quant à lui sa batterie à chaque occasion qui se présente (« Down », Rewind »).

The Congregation, après Coal, a lancé Leprous sur la scène du genre en innovant (une guitare 8 cordes jouant ensemble avec une guitare 6 cordes) et en apportant une esthétique peu explorée jusque là. Une belle pépite à s’envoyer pour – au choix – headbanger ou crier ses plus beaux « aaaaaaaa ».

L’album de MattRouq : Knuckle Puck – Copacetic

Pour ne rien cacher, choisir un album pour l’année 2015 a été un CAUCHEMAR. Et je sais déjà que ce sera la même galère pour moi, chaque semaine jusqu’à la fin de cette série. En refaisant l’inventaire, j’avais déjà identifié plusieurs livraisons susceptibles d’atterrir en haut de ma liste. Au final, ce sont pas moins de treize groupes qui auraient pu être mis en avant. Une angoisse, vous dis-je.

Alors désolé. Désolé Papa Roach, Sleeping With Sirens, All Time Low, Chunk ! No, Captain Chunk !, Miss May I et Parkway Drive. Désolé à Slaves, qui offre un deuxième album solide avec Routine Breathing. Désolé à Breaking Benjamin, malgré le fait que Dark Before Dawn soit alors la meilleure livraison de leur carrière. Désolé à Three Days Grace, mais Human souffre d’une seconde moitié un chouïa plus faible. Désolé Our Last Night, désolé Hollywood Undead, désolé Bullet For My Valentine, si je devais refaire ce classement demain, l’un de vous trois finirait sans doute sur la première marche du podium.

Mais mon album de l’année 2015 m’a été offert par un groupe venu tout droit de la banlieue de Chicago. Du pop punk comme je l’adore. Mesdames et messieurs, Knuckle Puck, avec Copacetic. Sorti le 31 juillet 2015, il s’agit du premier album du quintet. Onze titres, quarante minutes de headbang et de tapotage du pied, et la certitude que ce sera pareil en live. Et pour les avoir vus en première partie de State Champs, en 2018, c’est clairement validé.

On retrouve tous les standards du pop-punk dans cette galette. Le rythme rapide d’un « Wall to Wall (Depreciation) », la ballade obligatoire avec « In Your Crosshairs », des back vocals bien sentis et même un final instrumental avec « Untitled », pièce de presque huit minutes, dont la majeure partie se passe de la voix de Joe Taylor. Et puis il y a ma petite préférée, « Evergreen », avec la participation de Dan Lambton (Real Friends). Difficile de donner une raison technique pour justifier le fait que ce soit mon titre préféré. Tout simplement, le final, trois voix qui se succèdent et les mêmes paroles : « I’ll leave this all behind for you when I’m gone. // You grew from a seed. // Forever strong as a pine tree. // Always an evergreen ». Je trouve ce final magnifique, et c’est une des raisons pour laquelle Copacetic est mon album de l’année 2015.

L’album de Drey Talquor : Clutch – Psychic Warfare

Choix assez cornélien en cette année 2015. Me voilà confronté à un gros dilemme. Que choisir ? Meliora de Ghost ? Techniquement oui, c’est un des albums les plus importants du courant rock de la décennie. Mais soyons un peu moins prévisible sur les bords ! Alors Trilogy de Carpenter Brut ? Après tout la synthwave fut un mouvement important des dernières années, et cet album est un de ces piliers fondateurs. Mais techniquement ce n’est qu’une compilation de 3 EP sortis respectivement en 2012, 2013 et 2014, donc out. Fear, Love And The Time Machine de Riverside ? Une de mes plus belles découvertes de rock progressif. Mais je ne l’ai découvert que sur le tard. Il me faut plus de recul pour en parler.

C’est donc tout naturellement que me viens un choix auquel je n’ai pas pensé en premier. A savoir Psychic Warfare de Clutch. La musique des lurons du Maryland a commencé avec un doom très psyché pour dériver petit à petit vers un hard rock fuzzé des plus efficaces pour démontrer leur talent et les ont fait grimper dans le haut de la scène du stoner américain. Leur pinacle de leur musique est pour moi atteint avec cet album, ou rien n’est a jeté. C’est une leçon de rock énergétique comme très peu savent en faire. Qui fut sublimé lors de leur passage au Hellfest 2017 sous la Valley où ils ont joué la moitié de l’album.

Psychic Warfare est à mettre sur le piédestal des albums de rock d’une excellence rare qu’ils en deviennent des leçons d’efficacité. Il est a accompagné avec son grand frère de 2013, Earth Rocker. Ces deux albums réunis ont créé l’âge d’or du hard stoner de Clutch qui lance la symbiose dans le pogo et fédère encore aujourd’hui.

L’album de Maxallica : Parkway Drive – IRE

Vous allez finir par croire que je n’écoute pas beaucoup de groupes différents car c’est la troisième fois que Parkway Drive fait son apparition dans ces articles de la décennie, je vous jure que si. Mais voila en 2015 les australiens nous sortent IRE, le successeur de Atlas, un album qui a divisé les fans de la première heure mais qui a offert au groupe une toute autre stature sur l’échiquier du metal actuel.

Je me souviens encore être allé voir Parkway Drive à Lille en juin 2015 seulement deux/trois jours après la sortie de « Vice Grip » et le public français connaissait déjà par coeur le refrain ultra catchy de ce premier single. On quittait assez sensiblement le metalcore de la première heure avec ce premier titre comme l’a indiqué le groupe à plusieurs reprises citant qu’ils ne pensaient plus pouvoir apporter grand chose dans le style. Ainsi cet album reprend des grosses bases metalcore (quand même) avec une grosse sensibilité heavy metal emmené par Jeff Ling (guitare).

Cet opus contient mon titre préféré de la carrière des australiens qui est même encré sur ma peau, « Dedicated » est une véritable tuerie qui donne envie de sortir ses plus beaux moulinets dans le pit et la fosse du Hellfest 2018 peut en attester !

L’album de Tolol : Skraeckoedlan – Sagor

Paradoxalement, ce n’est pas forcément l’album de que je trouve le meilleur que je choisis comme mon préféré de 2015 : ce rang étant pour Meliora de Ghost. Mais Sagor s’impose comme une évidence dans ma vie. C’est à ce moment que j’ai compris que ce qui me faisait le plus kiffer dans la musique, c’était de découvrir des pépites méconnues.

En 2015, mes réseaux de découverte de musique s’arrêtaient au site NewAlbumReleases. De manière totalement illégale, il permettait d’obtenir quasiment tous les albums possibles et inimaginables dans tous les styles existants. Je venais de tomber dans le stoner avec Mars Red Sky et je cherchais à élargir mes horizons et ma culture. Il m’arrivait de passer de longues minutes à écumer ce site dans la section stoner, et de tenter des albums au hasard. C’est alors qu’une pochette m’est apparue.

Une image bleutée de montagnes enneigées sur un lac en premier plan. Une vision magnifique qui a scotché mes rétines au point d’écouter le single « Flod ». 3 minutes d’un stoner lourd mais pourtant si aérien. Un mélange qui sonne comme neuf à mes oreilles. La décision est prise, j’écouterai l’album en entier.

S’en suit une master class de rock psychédélique flirtant avec le Space Rock. Le fait que Robert Lamu chante dans sa langue natale, le Suédois, ne gêne en rien l’appréciation de l’oeuvre. On se retrouve avec 54 minutes de fuzz formidable nous venant du meilleur pays du monde. Alors faîtes vous une faveur et foncez.