Top Albums 2020 : les choix de MattRouq

On est tous d’accord, 2020 était une belle année de merde. Est-ce que c’était une grande année musicale ? Pas pour moi. J’imagine que beaucoup pensent pareil, et ça se comprend : avec la pandémie, beaucoup de groupes ont décidé de repousser les dates de sortie de leurs projets. Pour autant, j’ai noté une dizaine de galettes qui valent la peine d’être retenue. On n’a pas la place pour mentionner tout le monde en détail, mais on va tout de même rendre honneur à ces groupes qui le valent bien.

Couper cette présélection de dix albums pour n’en laisser que trois, plus une mention honorable. Un véritable casse-tête. Cette année, aucune production ne m’a sincèrement transcendé. Il y a eu un nombre honorable de bons albums, bien plus de dix beaux moments passés, écouteurs sur les oreilles. Mais 2020 ne m’aura pas offert un Album de l’année, avec un grand A. Cela dit, c’est tout de même avec un pincement au cœur que je dois en écarter certains. Fit For A King a été extrêmement convaincant avec The Path. The Amity Affliction nous a offert Everyone Loves You… Once You Leave Them, un album reprenant la recette classique du quintet d’une manière toujours aussi efficace. L’EP éponyme de Miss Fortune est une petite pépite. Après le raté Last Young Renegade, All Time Low est revenu en force avec Wake Up Sunshine. Toujours dans la catégorie pop punk, Stand Atlantic reste sur sa bonne lancée avec Pink Elephant, mais n’atteint pas les hauteurs de son prédécesseur, Skinny Dipping. Enfin, c’est le cœur meurtri que je laisse The Ghost Inside hors de mon classement. Les miraculés de Los Angeles ont sorti leur album éponyme, première galette depuis leur tragique accident de bus en 2015. Écoutez cet album, il vaut clairement le détour.

Mention honorable : PVRIS – Use Me

En mention honorable, j’ai donc décidé d’honorer, après moult hésitations, le très bon troisième album de PVRIS. Sorti le 28 août dernier, la galette avait été quelque peu éclipsée par le renvoi, deux jours plus tôt, du guitariste Alex Babinski, accusé de harcèlement sexuel. Mais ce bad buzz ne doit pas occulter la qualité des 11 pistes qui composent Use Me. La recette PVRIS fonctionne à plein régime, mixant les sonorités électroniques avec un rock alternatif parfois très lourd et sombre.

Tout au long des quelques 40 minutes qui composent l’album, Lynn Gunn nous parle de s’affirmer et de se débarrasser de ceux qui se servent de nous, et de relation toxiques sur « Dead Weight » ou « Death of Me ». Elle raconte la difficulté à se séparer de personne avec lesquelles elle a eu une forte connexion émotionnelle, sur « Hallucinations » ou « January Rain ». Elle s’épanche sur son envie d’émancipation, sa volonté d’élargir ses horizons sur « Good to be Alive », qui est selon moi le meilleur titre de l’album. Enfin, elle tend la main à une personne esseulée, et narre l’envie d’être présente pour cette personne, et de tout lui donner, avec « Use Me ».

Parfois énergique, parfois maussade, souvent mélancolique et toujours porté par la voix si caractéristique de Lynn Gunn, Use Me est selon moi une vraie réussite. Et si la galette n’a pas rencontré autant de succès que son prédécesseur, All We Know of Heaven, All We Need of Hell, elle est selon moi bien plus qualitative. Et mérite amplement une écoute très attentive.

Troisième place : Slaves – To Better Days

Le premier album avec un nouveau frontman est toujours un véritable test pour un groupe. L’identité musicale va-t-elle changer ? Le nouveau chanteur fera-t-il aussi bien que le premier ? Autant de questions -légitimes- qui ont inquiété les fans de Slaves, après le départ de Jonny Craig. Pas forcément un déchirement, tant on commence à avoir l’habitude de voir le sulfureux Craig quitter/être renvoyé de partout à cause de ses déboires avec l’alcool et la drogue. Mais là, Slaves était plus ou moins une formation qui aurait pu s’appeler « Jonny et ses musiciens » tant le chanteur était au centre du projet.

Mais voilà, Jonny est out, et il est remplacé par Matt McAndrew, découvert lors de la saison 7 du The Voice US. Peu après, le groupe sort « Heavier », premier single avec son nouveau frontman. Le titre est très bon, mais les fans ne peuvent s’empêcher de comparer les deux voix, et de pointer du doigt à quel point le titre semble taillé sur mesure pour le large spectre vocal de Craig. Néanmoins, les retours sont plutôt bons, et au fil des singles dévoilés régulièrement, la hype pour To Better Days, quatrième album du groupe, grandit. Un album qui sera d’ailleurs le dernier du quintet sous le nom de Slaves. En juin dernier, le groupe a annoncé sa décision de changer de nom, comme une manière d’apporter son soutien au mouvement Black Lives Matter. Et en profiter pour définitivement tourner la page Jonny Craig.

Musicalement, To Better Days reste cependant dans les mêmes sentiers que le reste de la discographie de Slaves. On est sur un post-hardcore aussi classique qu’il est efficace. Voix claire uniquement, refrain ultra-catchy, thèmes assez communs. Ce que le groupe n’offre pas en originalité, il le donne en énergie. Treize titres, un peu plus de 38 minutes et largement assez de matériel pour vous offrir votre meilleur concert, seul dans votre chambre ou en voiture. Matt McAndrew fait un job admirable au chant. « Talk to a Friend » est selon moi la meilleure piste de l’album, même si le refrain de « Eye Opener » risque de rester dans beaucoup de tête. On a même le droit à une petite ballade acoustique, là encore très réussie, avec « Footprints ».

Pour résumer, Slaves continue de faire du Slaves, même sans Jonny Craig. Même style, voix différentes mais indubitablement, la qualité est au rendez-vous.

Deuxième place : Picturesque – Do You Feel Okay ?

Dans la catégorie « j’ai une voix qui peut laisser croire que j’ai été émasculé récemment », je demande Kyle Hollis de Picturesque. Véritable marque de fabrique du quartet originaire de Lexington, Kentucky, j’étais tout de suite tombé sous le charme avec Back to Beautiful, leur premier album, sorti en 2017. Trois ans plus tard, la bande est de retour avec Do You Feel Okay. Plus mature, mieux produit, et probablement moins éreintant pour la voix du brave Kyle, ce second long jeu a occupé, quasiment seul, ma playlist pendant de longues semaines.

Si on pouvait reprocher quelque chose à Back to Beautiful, c’est qu’il avait tendance à beaucoup trop forcer avec les aigus de Kyle Hollis. À tel point que des écoutes répétées finissaient souvent pour vous filer des maux de têtes. Cette fois, Picturesque a retenu la leçon, et laisse son frontman se reposer un peu et montrer qu’il est aussi capable d’assurer sur des lignes de chant plus graves. Le groupe mélange des mélodies très pop, avec des influences post-hardcore et rock alternatif, pour un mix excellent. Tout comme pour Slaves, on n’est pas sur une originalité incroyable concernant les thèmes abordés. Mais bordel, quelle voix. Les refrains sont catchy, la ballade de fin d’album, « Day by Day », est parfaite. Avant cela, « Holding Me Down » est la plus grosse réussite de la galette. « Swipe » est un regard cynique et désabusé sur ce que sont devenue les relations (oui, c’est une référence à Tinder).

L’amour ne reste clairement pas fort sur le début de la galette. En plus de « Swipe », « Necessary » et « ATTN » traite de ces relations débutées sur les réseaux sociaux. La volonté d’obtenir de l’attention immédiatement, et de finalement disparaître dès le lendemain. Manifestement, Kyle Hollis parle d’expérience. On saupoudre tout cela de quelques titres très efficaces sur la santé mentale et les problèmes familiaux (« Glass House », « O.k? » et « Crimes »), et on se retrouve avec un album qui aurait très bien pu se retrouver tout en haut de mon classement.

Album de l’année 2020 : Dance Gavin Dance – Afterburner

Do You Feel Okay ? Est un excellent album à mon sens. Problème, il est sorti le même jour que mon album de l’année : Afterburner de Dance Gavin Dance. Et dans ce duel entre frontman à la voix aiguë, c’est le patron du genre qui s’est imposé. Tilian Pearson, presque détestable tant il renvoie l’image d’un gendre idéal, flanqué du gueulard Jon Mess et du génial guitariste Will Swan, ont remis les pendules à l’heure. Je n’avais pas été transcendé par Artificial Selection, alors retrouver le quintet de Sacramento au top de sa forme m’a fait particulièrement plaisir.

J’ai déjà eu le loisir de parler de « Prisoner » en ces lieux. Le titre ouvre la galette, et donne le ton, en nous rappelant la formule Dance Gavin Dance classique : voix claire pour Tilian, scream pour Jon et des riffs aussi funky qu’aléatoire pour Will. Aucune concordance dans les paroles, normal puisque les deux chanteurs écrivent séparément. Du fun en barre à l’arrivée. Du tube « Lyrics Lie » à la ballade finale « Into the Sunset », on s’amuse. Et DGD s’amuse avec nous. Vraiment, qui d’autres pourrait balancer « Calentamiento Global », une chanson chantée dans un espagnol impeccable, sans que personne ne lève ne serait-ce qu’un sourcil circonspect. Encore plus fort, qui d’autres pourrait faire fonctionner un tel pari ?

On retiendra surtout la première moitié d’Afterburner comme la plus entraînante. « Three Wishes », « One in a Million » et « Strawberry’s Wake » reprennent la suite de « Lyrics Lie » dans la catégorie des chansons au refrain appelés à rester bloqué dans pas mal de têtes. « Parody Catharsis » laisse Will Swan poser sa voix sur le morceau, tout en ajoutant des sonorités… curieuses. Enfin, « Born to Fail » aurait presque pu faire office de chanson de clôture tant son final s’y prête.

En revanche, on oubliera assez vite « Parallels » et « Say Hi ». Quant à « Nothing Shameful », en featuring avec Andrew Wells du groupe Eidola, il souffre de la comparaison avec « Evaporate », également en collaboration avec Wells, et à mon sens l’une des meilleures pistes sur Artificial Selection. Au milieu de ce passage un peu moins enthousiasmant, « Night Sway » fait le job sans vraiment sortir du lot.

Sorti fin avril 2020, Afterburner a clairement accompagné la fin du premier confinement, ainsi que la totalité de mon été. Sérieusement, « Calentamiento Global » est aussi surprenante qu’elle est adaptée à rouler du popotin sur la plage (en respectant les gestes barrières malgré tout, c’est important). Un vrai bol d’énergie qui a vraiment fait du bien au cœur de cette année compliquée. Seul petit regret : l’album n’inclut pas les singles « Head Hunter » et « Blood Wolf », vraisemblablement destinés à être des titres à part dans la discographie de Dance Gavin Dance. On leur pardonnera.