Top Album 2020 : les choix de PlayToDie

2020 fut une année à oublier. Mais dois-t-on tout jeter sur ces 12 mois ? Non : une poignée d’irréductibles artistes résistèrent aux conditions délétères pour nous livrer de beaux albums. Retour.

La pandémie de 2020 est une des plus grosses crises que l’industrie musicale ait eu à affronter, en particulier pour les petits groupes un peu underground dont la rédaction raffole souvent. Malgré une perte de revenus non négligeable liée à l’arrêt des concerts, nombreux furent les artistes à nous proposer des chansons inédites. La qualité ayant été au rendez-vous pour la majorité de ces nouveautés, les confinements successifs passèrent ainsi plus aisément pour nous.

Mention honorables : Elder – Omens

Après un ravissant EP sorti en 2019, le quatuor de Boston a enchaîné en Avril avec un album dans la même veine, Nick Disalvo posant cette fois-ci sa voix sur les pistes. Délaissant encore un peu plus son versant stoner, le groupe nous propose quasiment une heure de rock progressif, à tiroir mais jamais ennuyeux. En cinq morceaux dépassant tous les 10 minutes (!), les musiciens explorent plus loin, les synthés prenant une place plus importante, proposant de nouvelles atmosphères pour le groupe.

3. Hum – Inlet

Après 22 ans sans nouvelle composition, les illinoisais de Hum sont revenus avec 8 chansons pour 55 minutes de voyage vers les montagnes de l’ouest américain. Sur le trajet, vous trouverez un metal alternatif teinté de prog, de shoegaze et d’une sensation de se retrouver dans la nature, loin de toute influence humaine.

Le tempo est lent, comme pour faire ralentir notre rythme cardiaque, se reposer et profiter des paysages joliment dessinés par le son du quartet. Si les guitares sont parfois lourdes de distorsion, le groupe fait souvent retomber la tension avec des parties en guitares clean bercées d’effets. L’usage de pédales sert tout le temps à poser une ambiance très agréable et ensoleillée.

Après un quart de siècle, Hum a gardé sa base en metal alternatif (qui aura surement inspiré Deftones) et y a ajouté un superbe côté atmosphérique. Je ne peux que vous recommander Inlet, en particulier ses morceaux « The Summoning » et « Shapeshifter ».

2. Pull Down The Sun – Of Valleys And Mountains

J’ai déjà parlé de ce groupe dans un Music Monday, et depuis il s’est affirmé en découverte la plus prometteuse de 2020. Pull Down The Sun nous a offert un des meilleurs albums de metal progressif de l’année avec Of Valleys And Mountains, ode à la nature et aux légendes ayant façonnées la Nouvelle-Zélande, leur pays d’origine.

Entre interludes calmes, chansons débordant de puissance et morceaux faisant monter la tension avec subtilité, le trio débute sa carrière de fort belle manière. Les seuls points qui pourraient être améliorés sont les voix et le mixage, mais c’est presque du chipotage de ma part si on prend en compte la jeunesse du groupe. Car du côté de la composition et des émotions, il y a relativement peu de choses à redire. Du titre éponyme influencé par Gojira au progressif « Whare Ra », Pull Down The Sun propose un éventail d’ambiances permettant de ne jamais se lasser pendant les 60 minutes de l’album.

Le point qui permet au disque de se démarquer du reste de la scène, c’est cette évocation de la Nouvelle-Zélande. Ce voyage aux antipodes de notre pays se ressent notamment dans les passages instrumentaux et ne nous laisse jamais insensible face à la beauté de l’archipel, que l’on peut retrouver dans les morceaux « Kēhua » ou « Ngaro ».

Of Valleys And Mountains est une œuvre vers laquelle vous reviendrez souvent, les morceaux gagnant en éclat au long des écoutes et les mélodies nous emportant un peu plus à chaque fois. A ne pas rater assurément, en espérant que le groupe continue sur cette magnifique lancée initiale.

1. Rezn – Chaotic Divine

La confirmation était attendue, et Rezn a répondu présent. Les voisins Chicagoans de Hum nous avaient ravi en 2018 avec Calm Black Water et son doom psychédélique enivrant nous emmenant dans les profondeurs océaniques. Avec Chaotic Divine, les quatre musiciens nous ont cette fois-ci téléporté sur une planète lointaine parfois hostile.

Vous serez dépaysés avec les atmosphères explorées dans ce nouvel opus, mais pas perdus avec le doom qu’on avait découvert sur les disques précédents. La lourdeur et la lenteur caractéristiques du genre sont toujours là, comme sur « Emerging » et « The Door Opens », mais des instruments orientaux font leur apparition. Que ce soit du bağlama ou de la sitar, de nombreuses additions pimentent Chaotic Divine et offrent des couleurs inédites à la musique du groupe.

Rezn prennent leur temps pour vraiment immerger l’auditeur dans l’expérience qu’ils ont voulu dessiner : on pense aux pistes instrumentales « Clear I » et « Clear II », à la fin de « Mother / Forever Time » ou encore au démarrage de l’album. On découvre également un côté plus triste, mélancolique du quatuor sur « Optic Echo » et « The Still Center », ce dernier titre concluant l’album sur une note frustrante.

L’efficacité des riffs n’est pas en reste, la majorité des chansons poussant au cassage de nuque intempestif. Que ce soit la distortion de la guitare de Rob, la basse ronde de Phil (le magnifique « Garden Green ») ou les patterns de batterie de Patrick, le son invite à bouger de tout son être, sublimé par un mixage fort bien soigné.

Le groupe de l’Illinois a monté son niveau de jeu vers de nouvelles hauteurs jusqu’à atteindre un autre monde. Chaotic Divine ouvre une porte vers un nouveau doom que vous prendrez plaisir à découvrir, envoutés par l’atmosphère psychédélique de l’œuvre. A ne pas manquer.