Top 5 albums 2019 : les choix de PlayToDie

Nous sommes au mois de décembre, le moment parfait pour réaliser les fameux tops. Les membres de l’équipe Granny vous partagent donc leurs choix avec un top 5 et une mention honorable. Aujourd’hui, place au petit nouveau : PlayToDie

L’année qui va bientôt se finir a été d’une qualité presque inédite au niveau des sorties musicales. Par conséquent vous dresser un top 5 fut long et fastidieux. Je n’aurai pas l’occasion de vous parler d’Arctic Sleep, Hypno5e, Electric Youth ou encore plein d’autres qui ont ravi mes conduits auditifs. Mais ci-dessous se trouvent les cinq albums (et une mention honorable généreusement accordée par notre magnanime rédac’ chef) qui m’ont adouci l’an 2019.

Mention honorable : Periphery – Periphery IV : HAIL STAN

Les pontes du djent confirment encore qu’ils sont tout en haut et nous proposent un metal progressif très raffiné, avec des power-ballades (« Satellites »), de la violence pour taper des poings, possiblement avec quelqu’un en face (« Blood Eagle »), ou des morceaux combinant les deux (« Reptile »). C’est Periphery 3, mais avec tout en mieux : le sommet émotionnel de « Lune » est dépassé avec « Satellites », le côté prog épique de « Marigold » est oublié avec « Reptile », véritable d’un quart d’heure, et les américains dépassent encore les attentes avec un morceaux teinté d’electro (« Crush »). En plus Adam « Nolly » Getgood est à la production donc vos oreilles vous remercieront à chaque écoute. Suck my balls.

5e position : Car Bomb – Mordial

En toute honnêteté, Car Bomb est un groupe qui est compliqué à chroniquer. La musique du quatuor new-yorkais s’affranchit des règles habituelles de structure donc il m’est difficile de la décrire aisément. Pour essayer de dire les choses simplement, imaginez un mélange entre Meshuggah, Gojira, et The Dillinger Escape Plan. Poussez un peu le niveau d’agressivité, mettez le compteur de changements de tempo et de signatures rythmiques à fond, puis déconstruisez le tout. Vous devriez avoir un rendu proche de Car Bomb. Et après Meta, le groupe pousse son math metal bourrin plus loin : Michael Dafferner nuance sa voix et alterne plus souvent les cleans et les growls / screams, Greg Kubacki utilise encore plus d’effets de guitare (« Dissect Yourself ») et Elliot Coleman tape encore plus vite avec un rythme toujours plus changeant. Les morceaux sont plus innovants, avec notamment de petits interludes à la fin de ceux-ci, courtes secondes de repos avant de reprendre de bonnes doses de baffes. Car la violence n’est jamais très loin et Car Bomb vous envoie surement l’album le plus lourd et sadique de l’année avec Mordial.

Si vous cherchez à repousser les limites de vos connaissances musicales, Mordial devrait vous permettre d’entendre ce que vous n’avez jamais écouté auparavant. Et – obligatoirement – de détruire le voisinage.

Morceaux de choix : “Scattered Sprites”, “Antipatterns”, “Xoxoy »

4e position : Elder – The Gold & Silver Sessions EP

Un EP dans top album, c’est possible ? Quand on en sort un de la qualité de celui-ci, il y a plein de raisons de le faire. Mais commençons d’abord par la raison la plus personnelle : cet EP m’a fait voyager (thème de ce TOP 5, hormis les albums ci-dessus), et surtout The Gold & Silver Sessions est l’oeuvre la plus reposante de 2019 avec le numéro 1 de mon top. Mais développons un peu : le quatuor de Boston s’est installé en Allemagne et cela se ressent, rien qu’au niveau des titres. « Im Morgengrauen » signifie à l’aube et « Weißensee » désigne un lac en Autriche. Elder délaisse le stoner énergique à riff pour nous offrir un rock progressif parfois proche du jam, où les morceaux évoluent lentement, de façon subtile, pour nous dévoiler une palette de sensations multiples. Sur cet EP la distortion est quasiment absente. Ce seront plutôt les ambiances des claviers, un peu plus en avant que sur les précédentes sorties d’Elder, qui vous emmèneront vers la fin de nuit d' »Illusory Motion », le doux lever de soleil germanique d' »Im Morgengrauen », ou le magnifique paysage d’une vallée autrichienne sur « Weißensee ». Bien sûr les riffs complexes sont toujours présents mais le rythme est beaucoup plus reposé et les mélodies plus évocatrices et calmes que sur Reflexions Of A Floating World. Et dans une année qui n’a pas toujours été facile personnellement, les trois titres qui composent cet EP m’ont été de la plus grande aide pour trouver une certaine sérénité.

Si comme je l’espère votre année a été différente, je vous enjoins à écouter cet EP pour partir de l’autre côté du Rhin à moindre frais. The Gold & Silver Sessions est simple à appréhender, entraîne l’auditeur aisément et lui assurera un confort certain pendant la durée de l’EP. Et je suis obligé de mentionner le final de « Weißensee », un des meilleurs passages musicaux de l’année.

Morceau de choix : “Weißensee »

3e position : King Gizzard And The Lizard Wizard – Infest The Rats’ Nest

Le sept musiciens les plus productifs d’Australie publient encore deux albums en une seule année (15 en 7 ans). Et si Fishing For Fishies est bien agréable, Infest The Rats’ Nest emmène les choses plus loin : dans le futur et dans l’espace. Après du bluegrass, King Gizzard enchaîne avec du thrash metal, parce que pourquoi pas après tout ? La 1ère partie de l’album explore un futur post apocalyptique et la 2nde parle des voyages aux destins funestes de deux vaisseaux vers Vénus. Et le thrash bien rouillé exposé sur la trentaine de minutes d’Infest The Rats’ Nest sied parfaitement à ces thématiques. Vitesse, son délibérément crasseux, voix rocailleuse allant parfois jusqu’au screams, le tout ensemble en fait un album à ne pas rater.

Clairement l’album de thrash de l’année, même si les puristes se plaindront de la patte King Gizzard sur ce genre, Infest The Rats’ Nest propose neuf morceaux de qualité et ambiance de science fiction sale qui valent le détour. Si cette présentation vous a tapé dans l’œil, vous pouvez retrouver une chronique plus détaillée par ici :
https://www.grannysmith.fr/king-gizzard-and-the-lizard-wizard-infest-the-rats-nest/

Morceaux de choix : “Perihelion”, “Planet B”, “Hell

2nde position : The Comet Is Coming – Trust In The Lifeforce And The Deep Mystery / The Afterlife

Prix de groupe pour l’ensemble de l’oeuvre du trio londonien en cette année 2019. Si vous ne connaissez pas The Comet Is Coming, les trois membres que sont King Shabaka, Betamax et Danalogue jouent respectivement du saxophone, de la batterie et des synthétiseurs pour nous donner un subtil mélange entre jazz, electro, prog et psychédélisme assez unique. Concernant les albums, Trust In The Lifeforce And The Deep Mystery (qui sera abrégé TITLOTDM) est sorti en début d’année, The Afterlife à la fin de celle-ci et de l’aveu du groupe, les deux albums sont des compagnons, deux faces d’une même pièce. Cela se ressent déjà au niveau des titres, tournant autour d’un thème, ainsi que dans les sonorités qui sont semblables. Comme cela sera le cas pour le n°1 de mon classement, le genre dominant change selon les morceaux. La musique proposera un voyage vers une contrée différente à chaque fois, mais toujours à bord du même vaisseau. Et il faut applaudir l’équipage le pilotant, qui vous amènera au choix vers une piste de danse endiablée (“Summon The Fire”, “Lifeforce Part II”), le plus doux des oreillers (“The Softness Of The Present”, “The Universe Wakes Up”), aux abords de l’apocalypse (“The Blood Of The Past”, avec la magnifique Kate Tempest, “The Afterlife”) ou encore vers le paysage de la pochette de TITLOTDM, qui met bien en image le son du groupe.

Si les deux albums sont des instrumentaux (hormis “All That Matters Is The Moments” et “Blood Of The Past”) la puissance évocatrice des ambiances posées par les synthés et les émotions jaillissant du saxophone propose un bel univers à explorer. Sur les deux albums, il s’articule sur les oppositions vie / mort et création / destruction et leurs différentes facettes sont aussi appréciables les unes que les autres

Si vous n’avez pas entendu parler de The Comet Is Coming, je vous conseille de commencer avec The Afterlife, qui résume le mieux la musique et les thématiques du groupe, et de foncer sur TITLOTDM après pour approfondir votre découverte. Fermez les yeux, et laissez-vous balader par le trio anglais.

Morceaux de choix : “Blood Of The Past”, “Summon The Fire”, “The Softness Of The Present »

1e position : Clément Belio – Patience

Le meilleur album de rock progressif de l’année vient d’auteur-compositeur bordelais de 25 ans. Et il a fait l’album – presque – tout seul. Voilà c’est dit.

Développons d’abord sur la “performance” : les deux lignes ci-dessus sont déjà impressionnantes. Mais en plus, Patience est un melting pot d’influences, les dix morceaux ayant chacun une prédominance dans un genre différent : on peut y retrouver du jazz, du prog, du classique, du chill / easy-listening ou du djent. Et malgré les doutes qu’on pourrait avoir en associant ces styles, l’ensemble de l’album est très uniforme grâce notamment à un leitmotiv assez subtil présent sur quasiment chaque morceau. La qualité de composition est indéniable, les chansons étant faciles d’accès malgré des changements de mesure fréquents et des rythmiques complexes. Et l’emballage est aussi beau que le contenu : les multiples pistes que peut contenir un des morceaux de l’album sont toutes discernables grâce au mixage qui est incroyablement excellent. Aucun instrument n’est trop au-dessus ou au-dessous des autres et un un sentiment d’homogénéité solide se dégage à travers Patience.

Maintenant au niveau des sensations : prenez un instant pour regarder la pochette de l’album. Elle résume en une image le ton de l’album : c’est le printemps, et vous êtes dehors en pleine campagne, sans aucune attache à votre vie quotidienne. Il y a quelques morceaux “énervés” sur Patience (“Chromatic Curtain”, “La Danse Macabre”, “Pt. 1 – Oasis”) mais dans l’ensemble, les 50 minutes de l’album sont véritablement apaisantes. Patience vous propose de prendre votre temps en vous posant le temps d’une écoute, et d’oublier votre routine, les douces mélodies de piano berçant vos oreilles et les harmonies des voix vous les caressant.

Et c’est ce que je vous conseille pour cet album : gardez-vous une petite heure, allongez-vous dans un endroit calme, fermez les yeux, et écoutez. Vous en sortirez détendu, apaisé, et surement ravi d’avoir découvert Patience.

Morceaux de choix : “Chromatic Curtain”, “La Danse Macabre”, “Trampoline »