Sleep – The Sciences

Alors qu’on s’apprêtait à passer une soirée du 19 avril tranquille, une info est tombée telle une bombe. Sleep sort un nouvel album pour le lendemain. Retour réussi ?

La Californie est un terreau fertile en ce qui concerne la Musique. De nombreux styles ou bien encore des groupes mythiques y ont vu le jour. C’est aussi le précurseur en ce qui concerne la légalisation du cannabis puisqu’il s’agit du tout premier état à l’avoir autorisé. Et quand on est la Terre du Stoner, ce n’est qu’une suite logique.

Un Stonerhead est un drogué dans la langue de Brann Dailor. Est-ce que ce terme est à l’origine du nom Stoner pour le genre musical ? Théorie valable tant on sait que la drogue et la musique formaient un duo inébranlable fin 80 début 90 dans le désert du Mojave. Dans le lot de groupes précurseurs de ce courant musical, on cite souvent Kyuss ou encore Fu Manchu. Mais il serait cruel d’oublier un trio essentiel de cette scène : Sleep.

La weed & Sleep c’est un peu comme la France & la tour Eiffel. C’est inégalable et représentatif. Leur amour de l’herbe récréative se sent dans leurs compositions longues et lascives, les noms de chansons ou encore, les dates de sorties d’album. En effet, The Sciences a surpris son monde en étant annoncé pour le 20 avril. Date se lisant 4/20 aux USA. 420 qui est un code pour parler du cannabis et, plus largement, le 20 avril est le Cannabis Day.

15 ans après la sortie officielle de Dopesmoker, Sleep est donc de retour sans crier gare. Un exemple de com de plus en plus utilisé, il suffit de voir comment Beyoncé a brisé Internet pour son album éponyme. Seule petite différence, les Californiens nous avaient teasé en novembre 2017 avec un message en morse qui disait qu’ils étaient proches de terminer l’enregistrement d’un nouvel album. Un message vague qui avait été oublié de tout le monde, d’où la surprise de ce 20 avril.

Après avoir bien dérivé, passons au coeur du sujet, la musique. The Sciences nous offre 50 minutes d’un stoner d’une lourdeur inégalable. D’entrée, le morceau titre nous met dans le bain avec 3 minutes de fuzz agrémenté de bruits d’explosions en fond. Et puis pour le premier vrai morceau, on débute avec le bruit d’une pipe à eau. Le nom de cette chanson ? « Marijuanaut’s Theme ». On ne pourra pas dire qu’on ne vous avait pas prévenu.

Et tout au long des 6 pistes, notre tête se balance de manière lancinante au rythme des riffs saignants de Matt Pike, décidément bien meilleur dans ce rôle que dans High on Fire. On a des irrésistibles envies d’air batterie, notamment sur « Antarticans Thawed ». Un morceau qui sort des sessions de Dopesmoker, et qui trouve enfin sa place sur un album. 14 minutes Sleep vous balance d’un tempo « rapide » à une cadence qui se ralentit doucement jusqu’à repartir sur la fin pour se re-calmer. Enfin, comment ne pas succomber au jeu de basse d’Al Cisneros et son fuzz dégoulinant de saleté dans nos oreilles. Le tout porté par la voix très calme de ce dernier, qui chante d’une voix reposée, comme à son habitude me direz-vous.

Le point d’orgue de l’album ? « Sonic Titan » qui porte magnifiquement son nom tant Sleep est à son paroxysme de lourdeur et de puissance sonore. 5 minutes d’un riff formidable, un pont uniquement porté par la basse et puis une autre phase, plus lente avec 2 phrases, répétées 2 fois, avant de repartir sur le riff de base et de dériver jusqu’à la fin du titre. 12 minutes et 27 secondes de stoner psychédélique d’une efficacité redoutable.

Un retour venu de nulle part, un album de près d’une heure formidable, Sleep s’est réveillé avec l’envie de nous faire headbanger. Ou bien d’être allongé dans l’herbe en contemplant les étoiles, aidé par une herbe aux pouvoirs euphorisants. The Sciences est une oeuvre formidable qu’on vous recommande absolument. Stonerhead ou non.