Russian Circles – Blood Year

Il est toujours intéressant de suivre l’évolution d’un groupe que l’on écoute depuis plusieurs années. Nous pouvons facilement apercevoir un changement de sonorité tout le long d’une discographie, qu’elle soit minime dans certains cas, ou bien radicale dans d’autres. Pour le cas du groupe d’aujourd’hui, nous pouvons parler plutôt d’un retour aux sources, à une musicalité passée. Russian Circles, en tant que figure de proue du mouvement post-rock, va encore une fois prouver son efficacité.

A la production de ce nouvel opus, nous retrouvons un personnage bien connu de la scène hardcore: Kurt Ballou, guitariste du groupe Converge qui vient ici apporter son brio et son expérience avec des groupes comme Nails, High On Fire ou Code Orange. Avec un tel nom, aucun doute possible sur la lourdeur qui va planer sur tout l’album. Citons aussi dans le registre de guests stars, l’illustrateur de la magnifique pochette, à savoir le graphiste Orion Landau connu pour ses précédents travaux dans la scène stoner/doom. Notamment pour l’album de Yob, Clearing The Path To Ascend avec ces dessins géométriques mis en valeur par un cercle doré très reconnaissable. C’est une pochette sombre ornementé d’un cercle lumineux qui servira à décrire au premier coup d’oeil cette nouvelle sortie des Chicagoans.

Emplis des ténèbres, la volonté ici est de changer de direction après leur album de 2016 Guidance. Bien qu’étant d’excellente facture, il était imbibé de notes beaucoup plus aériennes, faisant écho à un tout autre mouvement du post-rock où l’on est en constante recherche de sonorités plus éthérées.

Avec ce Blood Year, Russian Circles va chercher dans ces précédents travaux une musique plus brute pour se renouveler. Comme si Guidance au final était une pause plus légère et qu’avec ce nouvel album, ils ont pris comme référence des anciennes compositions comme celles de Memorial ou de Station pour nous sortir une musique plus aboutie et surtout plus directe.

Nous commençons notre écoute d’un album avec une introduction au nom de « Hunter Moon ». Une piste très ambiante, semblable à leurs anciennes productions. C’est une excellente mise en bouche, plus posée que ce qui va suivre, comme un calme avant la tempête. S’ensuit, pendant la grande majorité de l’album, des chansons coup de poing d’une efficacité remarquable où les musiciens du trio laissent parler leurs instruments de façon claire et exhaustive. Les trois morceaux qui suivent l’introduction ont pu être écoutés avant la sortie officielle car ils furent lancés en éclaireur pour défendre Blood Year.

Nous retrouvons « Arluck » et sa batterie rappelant à certains moments une marche militaire qui va lancer l’ambiance globale de l’album. On ressent ici un mélange subtil entre la batterie et la basse qui vont créer une musique plus frontale. Arrive « Milano », pour elle, pas besoin d’introduction, la musique se lance directe dès les premières secondes de l’écoute. On peut ressentir dans le riff principal quelques allusions à une musique plus orientale, un savant mélange qui en fait le morceau le plus efficace de cet album. Avec cette piste on ressent comme toujours les notes rappelant une lourdeur pesante, à la limite de la claustrophobie. Ces sentiments seront récurrents durant toute notre écoute. 

Pour finir sur les morceaux sortis avant l’album c’est « Kohokia » qui vient finir cette trilogie, plus longue à démarrer que les précédentes mais une mixture des ambiances sombres et de musique frontale, sonorité développée pendant les 40minutes de l’album

Arrivé à la moitié de l’album vient une interlude pour lancer la conclusion de l’album, dans un tout autre registre que la première piste, « Ghost On High » continue dans le registre ténébreux et claustrophobique que les musiciens ont lancé avec les premières notes d’ »Arluck », c’est une très bonne interlude qui vient lancer la piste la plus longue de l’album : « Sinaia ». Avant d’en venir à ce morceau, la transition entre « Ghost On High » et « Sinaia » nous fait remarquer une différence notable avec le reste de la discographie de Russian Circles.

Les précédents albums du groupe ont toujours eu des transitions à la fin de chaque morceaux afin de composer une oeuvre qui s’écoute d’une traite. Ce qui n’est pas le cas avec ce Blood Year, mis à part pour les deux morceaux cités précédemment, tous les titres peuvent s’écouter à part des autres, les transitions sont absentes, mis à part pour ces deux pistes, qui viennent enchainer et lancer la conclusion de l’album.
A commencer par « Sinaia », titre plus ambiant et plus progressif qui détient la palme du morceau le plus long avec 7min30 au compteur. Bien que plus ambiante, la puissance dégagée reste constante et s’accorde parfaitement avec l’outro de l’album, « Quatered », véritable machine de guerre. Cette piste est sans aucun doute possible la musique “effet coup-de-poing” de l’album; hostile, guerrière, la chanson aux relents sludge sonne comme une bataille et gagne la place de chanson la plus lourde de l’album, titre que gardait précieusement « Arluck » depuis le début de notre écoute. Cette chanson conclut l’album et nous met par la même occasion devant le fait accompli.


Composé avec une certaine déprime et oppression du monde ambiant, ce nouvel opus est à la fois un reflet de leur carrière, se dirigeant pour ce côté plus vers le Post-Metal, mais sans oublier la saveur de leur musique. La place égale des instruments permet une grande harmonie dans ce disque qui nous emporte à travers différentes ambiances toujours menées par ces ténèbres.

Russian Circles reste toujours un groupe très intéressant à suivre, de part son évolution et ses sonorités familières mais en perpétuelle changement depuis le début de sa discographie, Blood Year vient encore une fois prouver le talent de composition des musiciens de Chigaco, et leur assure de nouveau leur place en tant que tête de proue de la scène post-rock.

Chansons préférées : 

  • Arluck
  • Milano
  • Quartered