Neil Peart : 1952 – 2020

Tel un coup de couteau dans le coeur, la nouvelle est tombée dans la soirée du vendredi 10 janvier. Rolling Stone Magazine annonce le décès de Neil Peart des suites d’une tumeur au cerveau. De quoi secouer tous les amateurs de musique, batteurs ou non.

Parmi les fans, il y a un adolescent d’environ 14 ans. Il découvre la musique rock & metal grâce à la série de jeu Guitar Hero. Et bien que le III soit le seul qu’il ait obtenu physiquement, il n’hésite pas à regarder des vidéos de gens réussissant à faire 100% sur les chansons de la tracklist. Une en particulier lui titille l’esprit. Présente dans Guitar Hero II, il s’agit d’une instrumentale de 4 minutes et 25 secondes au nom un peu bizarre : « YYZ ».

Il voit les différents points de couleurs défiler et il est impressionné par les joueurs qui terminent la chanson sans louper une seule note. Il faut dire que « YYZ » est d’une difficulté notable. Rapide, technique, elle montre la virtuosité des membres du groupe. Rush. Inconnu au bataillon. Il faut dire que cet adolescent commençait tout juste à sortir de sa phase Kyo pour plonger dans Linkin Park & Metallica. Un autre monde, bien plus direct mais tout aussi formateur. Pourtant, ce titre restera gravé dans son esprit pendant un long moment. Au point d’écouter l’album qui contient ce titre.

C’est alors que le premier contact se fait avec Moving Pictures. Sans le savoir, cet enfant allait devenir un homme, bercé par la voix angélique de Geddy Lee ou bien la guitare d’Alex Lifeson. Mais plus que tout, c’est la batterie qui le frappe. Chaque morceau est un prétexte à exhiber ses plus belles baguettes de air-batterie. Le résultat est approximatif, comme tout air-drummer qui se respecte. Mais cet album passera et repassera en boucle dans ses oreilles. « Tom Sawyer », « Limelight » ou encore « Red Barchetta ». Tant de chansons qui restent encore maintenant ancrées dans son ADN et sa mémoire.

Quand on découvre un artiste et qu’on tombe amoureux, on cherche forcément à découvrir le reste de sa discographie. Notre héros va donc regarder sur internet pour voir ce qu’il lui reste à écouter de Rush :

« Comment ça y’a 18 autres albums ? »

C’est sûr que ça surprend mais oui, il découvre l’histoire de Rush, le fait que ce trio est toujours resté ensemble depuis 1974 et le départ de John Rutsey. Il se rend compte des hauts, des bas, du changement de parcours musical mais surtout, il lit à propos du génie des musiciens. Il peut voir que chacun des membres du trio est souvent cité comme source d’inspiration. Un album revient régulièrement dans les déclarations. Un chiffre, plutôt une année : 2112

« Un morceau de 20 minutes ? Mais jamais je vais aimer ça c’est trop long. »

Il est vrai qu’à 16 ans, tomber sur une pièce majestueuse comme « 2112 », c’est compliqué à aborder. Pourtant, l’album deviendra une pièce majeure de la vie de notre adolescent, qui grandit tout comme notre trio vieillit. La maturité aidant, il parvient à percevoir plus de nuances dans le jeu de chacun des musiciens. Pourtant, il reste focalisé sur le batteur et son style tentaculaire : Neil Peart.

Youtube connaît une véritable explosion et il devient facile de trouver des vidéos de Rush en live. C’est sa nouvelle obsession, voir le trio au moins une fois en vrai. Par chance, Clockwork Angels est annoncé, 19e et dernier album studio des Canadiens. Il va sûrement y avoir une tournée pour défendre ce CD non ?

Notre protagoniste va se rendre compte d’une chose assez tragique : La France s’en fout de Rush. Et lors de la tournée Européenne annoncée par le trio, l’Hexagone est évité, comme depuis 1993, date du dernier passage à Paris des Canadiens. Une belle gifle dans la tronche qu’il va ruminer pendant longtemps. Pour se consoler, il se plongera dans ce dernier opus, qualitativement incroyable pour des papis soixantenaires. Il va même écrire quelques lignes sur son projet journalistique. C’était pas fameux, mais il tenait à parler de Rush aux gens.

Rush deviendra définitivement un groupe à part, qui lui permettra de grandir, de mûrir et de découvrir plein de belles choses dans l’univers musical étendu. Ce trio sera aussi à la base d’une rencontre. Au gré d’un blind test sur internet, c’est cette formation qui rapprochera notre héros d’un autre homme nommé Paul. Depuis 5 ans, ils se sont liés d’amitié autour de la musique mais surtout de la bande à Geddy, Alex & Neil. Ils partageront leurs coups de coeurs, notamment celui de Paul pour « Subdivisions » et son texte bouleversant, une autre facette majestueuse de la carrière de Peart. Non seulement il était un maître derrière les futs, mais sa plume était d’une beauté sans précédent. Ce n’est pas un hasard si ce même Paul lancera sa chaîne Youtube consacrée au rock progressif avec un épisode sur l’album 2112.


Then lost in that feeling
I look in your eyes
I noticed emotion
And that you had cried

Ne croyez pas ces lignes utilisées par hasard. Issues du morceau « Tears », elles sont destinées à Paul, mais aussi au protagoniste : moi-même. L’adolescent dépeint dans cet article n’est autre que l’auteur de ces quelques lignes, qui est encore meurtri et triste du départ d’une de ses idoles. Quant aux « Tears » évoquées, j’ai eu la lourde tâche d’apprendre à monsieur Reign In Prog le décès de Neil Peart. D’où le partage de larmes via nos téléphones respectifs, la distance géographique nous empêchant de nous prendre dans nos bras pour évacuer cette nouvelle.

La mort de Neil Peart est d’autant plus tragique qu’elle intervient de manière totalement inattendue. Aucune nouvelle n’avait fuitée sur son état de santé et donc cette tumeur qu’il portait en lui depuis 3 ans. L’annonce de sa mort est intervenue 3 jours après que le batteur ait perdu la vie. Un départ au final si représentatif de ce qu’il était. Simple, discret. C’est aussi pour ça que je suis profondément triste. En plus d’un batteur d’exception, on perd un humain aux qualités innombrables.

Pour finir, j’aimerais m’arrêter sur un morceau que je n’ai pas évoqué : « La Villa Strangiato ». Une pièce instrumentale de près de 10 minutes construite sur des cauchemars d’Alex Lifeson et qui renferme une des plus belles leçons de batterie que j’aie jamais entendue. Plus que « YYZ », « La Villa Strangiato » est une œuvre d’art où Neil Peart est à son apogée. Ses roulements, les ghost notes placées ça & la, les changements de rythme, les transitions fluides. Tout est d’une exécution légendaire. Si je ne devais retenir qu’un seul morceau de sa discographie, je choisirais ce titre sans aucune hésitation.

En ce vendredi 10 janvier 2020, les gens ont perdu « The Professor ». Moi, j’ai perdu une idole voire un membre de ma famille. Ce qu’il m’a apporté au gré de mon évolution est inestimable. J’aimerais bien faire mon « Farewell to King », mais pour moi Neil Peart est au-delà du statut de roi. Alors monsieur Peart, merci pour tout ce que vous avez apporté au monde de la musique et merci pour tout ce que vous m’avez donné, sans le savoir. Vous allez énormément me manquer.