Mars Red Sky – The Task Eternal

Mars Red Sky et Granny Smith. Un mariage heureux depuis près de 6 ans. Chaque sortie d’album est précédée d’une attente et d’une excitation assez intense. Les Bordelais répondent-ils à nos attentes ? Avons-nous mis la barre trop haut ?

Chroniquer un album n’est jamais une tâche aisée. Si vous rajoutez le facteur « Fan » dans l’équation, ça rend la chose plus complexe. Comment garder son objectivité quand un de vos groupes favoris sort un album ? Comment gérer la hype autour de la sortie du disque ? Des questions qui sont liées, pour beaucoup, à un exercice difficile : la première écoute.

Se lancer la première fois dans un album est périlleux. Il faut être dans de bonnes conditions pour apprécier, ou non, un disque. Que ça soit au niveau mental, physique, émotionnel, chaque petit facteur dérangeant la bonne santé de l’auditeur peut lui faire déprécier ou bien apprécier de trop un album. Pourtant, cette première écoute est primordiale, notamment dans la découverte de petits groupes. C’est ce qui va conditionner beaucoup de choses. Est-ce qu’il mérite qu’on y retourne ? Ou au contraire, pourquoi on le laisse à coin ?

Cette virée vers l’inconnu est la plus difficile car on part dans une aventure qui peut nous faire voyager très loin, ou bien nous faire passer un sale quart d’heure. Quand il s’agit d’un groupe que l’on aime, elle ajoute le côté « hype » qui lui aussi peut tout dérégler. A trop attendre d’un album, on peut être déçu ou à l’inverse, à n’en rien en attendre, on peut être surpris. Ce dernier sentiment est essentiel dans une écoute. Être encore étonné par une formation que l’on connaît sur le bout des doigts est la preuve d’une capacité de renouvellement forte.

Dans The Task Eternal, la première tentative fut plutôt décevante. Plutôt longuet, manque de pêche, voix un brin en retrait, il y avait quelque chose qui clochait. Etait-ce le Tool qui me prenait le cerveau ? Une chose est sûre, j’ai été directement séduit par la pièce centrale « Recast » / « Reacts ». Deux titres qui se suivent parfaitement et qui montrent le talent des Bordelais. La première s’ouvre sur le basse/batterie et on comprend que ça va être lourd. L’ambiance est poisseuse, le tempo est lent, Mars Red Sky n’est pas là pour rire mais plutôt pour briser des nuques. Le tout est sublimé par la voix cristalline de Julien Pras, qui apporte ce contraste bienvenu dans cet univers pesant.

S’en suit une partie instrumentale seulement portée par des « Cast » du chanteur, qui font penser aux « Beyond » de « The Light Beyond » tirée de Stranded In Arcadia leur 2e album. Puis, un dernier riff, la fin ou plutôt le commencement de « Reacts » qui suit la fin de « Recast ». Près de 8 minutes de stoner / doom à tomber par terre. Le seul petit reproche concerne les parties de voix fantomatiques de Julien qui sont beaucoup trop courtes. Mais chaque riff, chaque solo, chaque moment de basse fuzzée de Jimmy, chaque roulement de batterie de Matgaz, chaque seconde de cette chanson est sublime.

C’est ce qui m’a permis de ne pas lâcher prise sur ma première écoute, et ce fut la bouée qui m’a raccroché au navire The Task Eternal. Tu ne peux pas produire 15 minutes d’une telle qualité sans que le reste soit au niveau. Alors j’ai laissé un peu de temps, j’ai effacé les autres albums de mon esprit et je suis revenu à la charge. Une, deux, trois, cinq, dix fois. Et j’ai pu prendre la pleine mesure de cet opus.

Il s’ouvre par les deux singles que sont « The Proving Grounds » & « Collector » qui sont finalement deux facettes du groupe représentées. Une œuvre longue et puissante suivie d’un tube au refrain dévastateur. Ensuite, les deux titres évoqués plus haut pour une face A de vinyle assez folle. Pour attaquer la face B, « Crazy Hearth » qui est quelque chose de plus classique du trio, mais encore une fois, le refrain est une réussite totale avec la voix de Julien dédoublée.

Après ça, « Hollow King » et sa cavalcade magnifique. Mention spéciale pour la fin du solo qui est dingue avec la basse qui reprend le riff principal et la batterie qui te martèle la gueule pendant que la guitare s’amuse avec des pédales d’effets. Le mélange est formidable. S’en suit « Soldier On » qui n’est pas une découverte si vous avez acheté l’Ep Collector sorti plus tôt dans l’année. On peut quand même noter une légère différence entre les deux versions, mais on vous laissera le soin de comparer par vous même.
Enfin, les Bordelais terminent par une instrumentale à base de guitares sèches. Une ballade mélancolique qui vient calmer le torrent de fuzz et de gras qu’on s’est pris dans la tronche pendant 45 minutes.

Oui, The Task Eternal est un chef-d’œuvre. Il semble donc impossible que Mars Red Sky sorte quelque chose de mauvais dans leur carrière. Mais plus fort que ça, le sentiment qui se dégage après les multiples écoutes, c’est que j’ai hâte de voir ou même de revoir les morceaux de cet album en live. On veut ressentir les morceaux vibrer en nous. On veut se briser la nuque à force de headbanger, on veut se péter la voix en chantant les paroles. Ce 4e opus est formidable, il ne tient qu’à vous de prendre votre ticket et de voyager.