Brutus – Nest

En cette époque charnière pour la musique rock et metal où l’on voit le passage du flambeau des mastodontes des années 70 et 80 pour des groupes plus récents comme Gojira, Parkway Drive ou Avenged Sevenfold comme futur géants du genre, il est intéressant de se poser cette question : Et si on regardait plus loin dans le futur ? Quels groupes pourrait-on voir s’imposer comme référence du genre dans 20 ans ?

Il ne suffit pas de chercher bien loin tant la scène actuelle foisonne de nouvelles sonorités, mixtures de plusieurs genres afin d’en sortir un mélange unique et nous fait prévoir un avenir radieux et somme toute toujours intéressant pour notre musique. Aujourd’hui, j’avais envie de revenir sur une sortie de ce début d’année 2019 avec un de ces fameux groupes qui peuvent grimper les échelons de la célébrité, à savoir Brutus, et leur album Nest.

Brutus, c’est un jeune groupe venu tout droit de la contrée des gaufres et des sans étoiles sur le maillot : la Belgique. Formation non francophone car flamande, elle est composée de trois musiciens de talent. On retrouve derrière la six cordes et aux pédales d’effets Stjin Vanhoegarden, Peter Mulders s’occupe quant à lui de la fondation rythmique avec sa basse, et le tout est mené par une voix de maître : celle de Stefanie Mannaerts. Elle accomplit la prouesse de s’occuper des fûts ainsi que du chant, avec la même justesse en live qu’en studio. Fort d’un premier album sorti en 2017, et répondant au nom de Burst, nous sortant un mélange de post-rock, de math-rock et de quelques passages blast-beat à la batterie, ce premier album ne leur servait que de fondations pour la suite. Début 2019 sort Nest, qui à n’en pas douter sera leur album de la reconnaissance du public.

Nest se présente donc de prime abord comme un album accessible, 11 chansons, 40 minutes au compteur. Et notre écoute débute par « Fire ». Dès les premières notes, on ressent l’effet post-rock à son paroxysme. Une guitare cristalline et lointaine noyée d’effets sert d’ouverture au morceau pour ensuite lancer toute la rythmique avec la basse et la batterie, sublimée par la voix de Stefanie qui enchaîne voix de tête et cris dans le même couplet. La couleur est annoncée : là où Burst avait un effet plus violent, et l’influence principale tendait plus vers le math-rock, Nest à mis sa production au service du post-rock. L’objectif est de régaler l’auditeur avec des riffs redoutables couplés à des parties symphoniques plus atmosphériques.

L’écoute se poursuit toujours dans cette volonté de morceaux à l’efficacité maximale, un subtil partage de temps des instruments nous permet de profiter du jeu et des talents du trio. Chaque titre de ce début d’album possède son moment. Des passages qui nous restent en tête et veulent difficilement se décoller de notre mémoire auditive. Je pense notamment au morceau plus rentre-dedans qu’est « Cemetery », qui en live possède la capacité de bien faire bouger la foule. Je pense aussi aux notes d’introduction de « Techno ». Stjin à la guitare nous gratifie de partitions dans la plus pure tradition post-rock toujours sublimées par cette danse entre la basse et la batterie.

Mais ce qui va considérablement marquer l’écoute, c’est le morceau de milieu de l’album, second plus long de la tracklist. Il est divisé en deux, avec une première partie où seule la guitare calme et reposante est accompagnée par une prestation sans précédent de Stefanie au micro. Puis arrive la batterie, un changement de rythme s’opère, une avalanche s’enclenche vers un torrent de riffs entrainants qui vont faire bouger tous les auditeurs. Le circle-pit est lancé pour se finir dans un bouquet final d’effets de reverb et finir le morceau toujours sur le chant de Stefanie. Ce morceau s’intitule « War » et s’il ne fallait qu’une seule preuve de l’efficacité de ce jeune groupe, c’est bien ce titre, qui je pense deviendra très vite leur classique. C’est d’ailleurs ce dernier qui leur a permis leur première explosion aux yeux du public.

Le reste de l’album n’a rien à envier non plus : il se finit avec trois titres d’excellente facture, à savoir « Space », « Horde V » et « Sugar Dragon ». La trilogie de fin commence donc avec une musique plus calme et atmosphérique, moment le plus post-rock de l’album. L’écho dans le micro de Stefanie est ici le plus présent. Ensuite se lance une cavalcade de batterie et un passage rappelant la sonorité explorée dans le premier album. Un retour des blast-beats et des rythmiques plus complexes construisent une pièce servant de suite logique au morceau « Horde II » présent sur Burst. Un enchaînement limpide dans l’empreinte sonore, voulant nous raconter une histoire, et on se laisse transporter. L’épilogue est le morceau le plus long de l’album, servant de best-of de tout le savoir faire du groupe en termes d’ambiances prenantes qu’ils savent déjà maîtriser.

En conclusion, je me dois d’apporter une petite confession sur ce Nest. Ayant découvert le groupe en tant que première partie de Russian Circles en 2018, je m’étais jeté sur Burst, à l’époque seul album du groupe. J’avais été conquis par ce mélange unique. Les voyant annoncer un second album dans la foulée de ma découverte, mes attentes étaient bien placées. Mais aux premières écoutes, je n’avais pas aimé ce Nest, le délaissant même pour les autres sorties du mois de mars. Ce n’est qu’après les avoir revu au Hellfest 2019 sur la Warzone qu’ils ont une nouvelle fois conquis mon coeur et m’ont donné envie de redonner une chance à cet album que j’avais, à tord, mal-aimé.

C’est un excellent album, aux mélodies accrocheuses qui vous resteront en tête un bon moment. Il faut aussi saluer la performance des musiciens mais surtout de Stefanie Mannaerts qui pourrait, à n’en pas douter, devenir une figure de proue des nouvelles musiques rock tant ses prestations montrent au public tout son talent.

C’est un groupe auquel je souhaite le plus grand bien, et que je prendrai plaisir à voir évoluer et monter les échelons petit à petit avec mérite. En attendant de voir si le futur leur est radieux, allons aider le groupe et supporter leur musique en concert, en vinyle ou sur votre plateforme de streaming préférée, car le voyage en vaut la chandelle.

Chansons préférées :

  • Fire
  • Cemetery
  • Techno
  • War
  • Distance