[ITW HF 17] Bright Curse :  » Il faut que les gens comprennent que le genre stoner c’est une généralité, et qu’après il y a des sous-genres. »

Granny Smith. : Tu as ouvert les hostilités il y a quelques heures, ce matin. Avant de monter sur scène c’était quoi le mélange de sentiments ?

Romain Daut : Bah en fait ça fait deux semaines qu’on est en tournée, et je n’ai pas stressé une seule fois depuis deux semaines, mais par contre ce matin j’avais la grosse boule au ventre. Parce qu’on est arrivés hier vers 17h et on a vu la scène. Rien que de la foule déjà c’est immense, mais je te promets que quand t’es sur la scène, là vraiment ça fait peur. (rires)

G.S. : Quand vous avez joué et que tu as vu qu’il y avait déjà pas mal de monde, même si c’était assez tôt dans la journée, qu’est-ce que ça te fait en tant que musicien, pour ton premier Hellfest ?

R: En tant que spectateur du Hellfest déjà je savais qu’il y allait avoir du monde, parce qu’en général le public ici se bouge le cul, même si c’est le dimanche matin. Mais oui c’est sûr que ça fait toujours plaisir, et je faisais le malin sur scène mais c’est quand même la plus grosse scène sur laquelle on a joué, Bright Curse est quand-même un groupe assez jeune, et c’était énorme.

G.S. : Si je ne me trompe pas il y a un nouveau batteur pour cette tournée ?

R. : Oui c’est ça !

G.S. : Comment ça s’est passé, pourquoi lui et comment l’intégration s’est passée avec lui ?

R. : Bright Curse a commencé il y a à peu près 5 ans maintenant, et on a toujours eu des petits problèmes de bassistes, et du coup depuis le début on cherchait toujours un bassiste, jusqu’à ce qu’on trouve Max Ternebring. Et là on avait un groupe vraiment bien soudé, mais donc notre batteur, Zac (ndlr : Zacharie Mizzi), ne pouvait pas faire cette tournée, et on a eu la chance d’avoir un autre batteur, Olof Axgard qui est venu faire la tournée avec nous. Il a un autre groupe avec Max, le bassiste de Bright Curse, qui s’appelle The Riven, c’est du vintage rock, vous pouvez checker c’est cool. Et donc maintenant Bright Curse est en train d’évoluer un peu aussi, parce que j’ai toujours écrit les chansons, et on avait un groupe assez soudé. Maintenant je me dis, plus on a de musiciens, plus on voit ça comme une grande famille, où j’écris des chansons, Max en écrit un peu aussi, et du coup maintenant on sait que si notre batteur ne peut pas faire une tournée, en a un deuxième qui peut assurer à sa place, et c’est plutôt cool !

G.S. : L’an dernier Bright Curse sortait Before The Shore, votre premier album, 4 ans après le premier E.P, qu’est-ce qui fait que ça a pris autant de temps ? Est-ce que c’est dû aux problèmes de line-up ?

R. : Ouais c’est ça. En tout dans Bright Curse on a eu 4 bassistes en 5 ans.

G.S. : (rires) Ah oui ! C’est quand-même pas mal !

R. : Du coup on a eu notre premier bassiste, Sammy, qui est parti juste après l’enregistrement de l’E.P., et qui va peut-être revenir sur l’enregistrement du prochain album d’ailleurs, on en discute.

G.S. : Ooooh, teasing !! (rires)

R. : Ouais, on en discute ! Ensuite on a eu JB Pilon, on a eu Jack Boughton, qui sont cools, mais avec qui ça marchait pas forcément. Et ensuite on a commencé avec Max, et le courant est passé direct. Max est maintenant un membre à part entière de Bright Curse, comme Zac, et Olof c’est vraiment juste pour cette tournée, mais on parle déjà de peut-être avoir deux batteurs sur le prochain album. Pas en même temps hein ! Parce qu’ils ont pas du tout le même style, avec Olof on fait plutôt du… On aime bien appeler ça du Doom-Jazz (rire) où on commence super heavy, et puis après on envoie des petits trucs… Alors qu’avec Zac c’est métal métal ! Et donc j’aimerais bien jouer avec les deux sur le prochain album.

G.S. : Sur cet album il y a des côtés très blues, d’autres très stoner, il y a même une ballade avec Northern Sky, est-ce que cet album est une représentation de toutes les influences qu’il y a dans ce groupe ?

R. : Il y en a pas mal des influences je dirais mais on peut pas tout mette, parce qu’on aime vraiment tous les styles de musiques… Ah non en fait c’est con de dire ça (rire) Moi j’aime pas l’électro, enfin y’a plein de trucs que j’aime pas, y’a plein de trucs que Max n’aime pas, mais par contre au niveau du rock, on aime vraiment beaucoup de styles différents. Dans le van, pendant un trajet de douze heures il y a deux jours, on écoutait Miles Davis, John Coltrane, … On écoute vraiment plein de styles différents donc on n’a pas tout mis, mais c’est vrai qu’on en a mis beaucoup. Après si on essayait de tout mettre je pense qu’on perdrait en cohésion aussi. Peut-être que le prochain album sera complètement différent, mais on aura toujours ce côté doom, et je pense que ma voix est aussi représentative de Bright Curse, donc on se repose aussi beaucoup là-dessus.

G.S. : Sur Northern Sky, il y a un claviériste qui joue de l’orgue. Est-ce que le clavier pourrait devenir un quatrième membre pour ajouter quelque chose d’autre au son du groupe ?

R. : On aurait adoré partir en tournée avec lui, même si il n’était que sur une chanson de l’album, on aurait pu faire d’autres trucs sur d’autres chansons, on aime bien aussi changer les chansons pour le live, mais après c’est aussi une question de budget. Le mec on lui a demandé de venir en studio avec nous il nous a dit « ouais d’accord », il nous l’a fait gratuitement d’ailleurs, mais si on lui demandait de venir en tournée on ne pourrait pas le payer. On est encore à un niveau où quand on ne dépense pas d’argent en tournée on est contents (rire).

G.S. : Les retours sur votre album ont été très positifs. En tant que jeune groupe qui sort son premier album, comment on se sent quand on voit que les critiques accueillent très bien l’album, qu’il est recommandé par plein de sites ?

: Ah bah ça fait super plaisir, surtout quand on est comparés à des groupes qu’on adore vraiment. On a eu des comparaisons avec Graveyard, Witchcraft, ça nous a fait vraiment super plaisir. Et puis surtout y’a plein de gens qui disent que notre musique s’inspire de ces groupes mais est quand-même différente, et ça ça fait du bien parce que dans la scène du doom, du stoner, du vintage rock, il y a quand-même pas mal de trucs qui se ressemblent, et tirer son épingle du jeu n’est pas forcément évident. Je pense qu’on y arrive tout doucement, le groupe est en train de se roder. Et j’ai vraiment hâte de rentrer en studio !

G.S. : Dans la configuration du groupe pour le Hellfest, il y a un français, c’est toi, deux suédois, le groupe est basé à Londres… Vous faites ça pour montrer que la musique n’a pas de frontières, comment ça se passe ? (rires)

R. : Ouais, nous on a vraiment toujours dit ça, dès le début de Bright Curse. On nous demandait « d’où est-ce que vous êtes ? », et on répondait « bah d’un peu partout, donc marque ce que tu veux ! ». Du coup c’était écrit « world band » sur internet (rires). Sur cette tournée il y a effectivement deux suédois, Zac aussi est français, on a eu un bassiste anglais aussi, et si ça se trouve l’année prochaine on ne sera peut-être plus basés à Londres mais peut-être en Suède justement. C’est pas encore sûr, mais en fait on s’en fout, on fait ce qu’on a besoin de faire, et puis voilà.

G.S. : Je vais te citer la description qui a été faite de vous sur le site du Hellfest. « Le heavy psychédélique pratiqué par Bright Curse lui promet un grand avenir aux côtés de ses modèles Tool, Witch ou Sleep. »

R. : (rires)

G.S. : Du coup ma question : t’as pas trop la pression ?

R. : Ah bah si, j’ai carrément la pression là ! (rires). Surtout Tool et Witch, man, franchement… C’est deux de mes groupes préférés ! Witch, les deux albums je les ai tué des milliards de fois, et Tool j’espère qu’ils ne vont pas ressortir un album sinon on est foutus ! (rires) Si on commence à nous comparer à Tool après c’est fini, on va disparaître dans l’ombre de leur prochain album ! (rires) Non mais c’était vraiment des groupes énormes, que j’adore et qu’on adore tous, et ça fait vraiment super plaisir.

G.S. : Est-ce que ça vous plaît quand on dit de vous que vous êtes un groupe de stoner ? Parce que pas mal de groupes ont tendance à un peu délaisser cette dénomination de stoner.

R.: J’avoue qu’au départ j’aimais pas trop. Mais j’ai aussi instauré cette philosophie dans le groupe, avec tout le monde, c’est que les choses se passent comme elles doivent se passer. Si un jour les gens en ont marre de nous appeler stoner ils nous appellerons quelque chose d’autre, et nos auditeurs sont assez intelligents pour ne pas suivre les cases dans lesquelles ont essaie de nous mettre. On nous a collé l’étiquette du heavy rock, vintage rock, doom,… Alors que niveau doom, on n’est pas les mecs les plus doom de la scène quoi !

G.S. : (rire) Il ya eu Chelsea Wolfe hier, et je peux te dire que non quand-même !

R : Putain c’est clair, je les ai vu à Londres, et ouais elle est complètement folle cette fille ! Disons que globalement ça ne me dérange pas qu’on nous appelle stoner mais bon si ça change, c’est bien ! (rire)

G.S. : Le stoner, par rapport aux années 90 avec Kyuss notamment, ça a quand-même bien évolué par rapport à maintenant. Est-ce que tu ne penses pas que ce terme devrait un peu changer et qu’il est devenu un peu fourre-tout, que justement n’importe quel groupe qui a un peu un son, c’est stoner, alors qu’il y a quand-même plein de trucs différents ?

R. : Ouais, je pense qu’il ne faut pas changer le terme stoner, mais il faut que les gens comprennent que le genre stoner c’est une généralité, et qu’après il y a des sous-genres. Un peu comme le rock et le métal. Le stoner ça reste aussi du métal, certains groupes sonnent très métal dans le stoner. Genre là y’a Phil Anselmo qui va jouer, et son groupe c’est du gros métal quoi ! Il va jouer sur la Valley je crois ?

G.S. : Il joue Phil Anselmo cette année ? Il me semble pas ? (NDLR : Phil Anselmo jouait bien au Hellfest cette année, le dimanche soir sous la Temple avec son groupe Scour)

R. : Ah ouais ? Parce qu’on nous a dit qu’il venait dans notre loge juste après, du coup on a dû se barrer.

G.S. : Non mais parce que Phil Anselmo ici c’est un peu la mascotte, il est toujours là.

R. : Aah ! Il joue pas mais il est là et du coup il nous a pris notre place l’enfoiré ! (rires) Phil ! T’es où?! (rires)

G.S. : Oui il y a des groupes comme Monster Magnet, Clutch…

R. : Ah bah ouais, mais surtout les tout débuts de Clutch c’était quasiment du hardcore quoi ! Et Clutch ouais ça fait vraiment partie du top 10 pour nous, et ça fait vraiment super plaisir de partager une scène avec eux d’ailleurs !

G.S. : Sur votre set de tout à l’heure on a l’impression que vous prenez carrément du plaisir, et que limite vous pourriez presque partir dans des impros, vous laisser délirer… Est-ce que c’est un truc que vous aimez faire, c’est-à-dire partir du riff de basse et vous laisser guider avec ce que vous jouez ?

R. : Ah ouais, bah c’est exactement ce que je disais tout à l’heure avec le « doom-jazz » ! Là on n’a eu que 30 minutes, du coup on a coupé les chansons, on n’en a fait qu’une en entier c’est celle où j’ai joué de la flûte. Mais sinon en concert quand on a une heure, on ne fait en fait que 6 chansons, et on jam sur, on va dire un tiers du set ! On a un riff, ensuite y’en a un qui amène une petite idée, ou moi je commence un truc à la guitare ou un truc à la batterie, et après tout le monde se suit. Oui, on improvise beaucoup !

G.S. : Et ça pourrait servir pour vos futurs albums ce que vous faites, vous gardez des riffs que vous avez trouvés sur scènes ?

R. : Oui, la plupart du temps c’est comme ça qu’on écrit aussi. L’un de nous ramène un riff, on jam dessus et puis je ramène tout à la maison, je crée les structures, j’écris les paroles, et puis on re-jam derrière, on améliore des trucs,… Tout sort des jams dans Bright Curse !

G.S. : Il y a 3 ans, Mars Red Sky passait le vendredi à 10h30, cette année ils étaient le samedi à 17h40. Du coup, est-ce qu’on se revoit dans 3 ans ?

R. : J’espère ! J’espère, parce que j’étais ici pour Mars Red Sky il y a trois ans en tant que spectateur. Hier je les ai raté, on est arrivés en retard, mais on les a vu juste après parce qu’on est bons potes avec eux maintenant, et ouais j’espère vraiment qu’on va revenir et qu’on aura un slot un peu plus tard dans la journée. De toute façon, le Hellfest t’invite, tu dis pas non ! (rire)

G.S. : Dernière question, elle est toute simple : qu’est-ce qu’on peut souhaiter à Bright Curse pour le futur ?

R. : Bah j’espère vraiment que d’ici la fin de l’année on aura trouvé le temps d’enregistrer un nouvel album, et qu’on puisse le sortir avant l’été prochain. Là on est déjà en train de booker des tournées pour l’année prochaine, mais je peux pas trop en dire sinon je vais me faire engueuler.

G.S. : Surprise, oouuh teasing !!

R. : (rire) Oui y’a pas mal de choses qui arrivent là déjà, et pas mal de petits side projects aussi, vous verrez cet été, y’a pas mal de trucs.

Après avoir retourné la Valley, Romain de Bright Curse s’est gentiment arrêté à notre micro pour répondre à nos questions, on le remercie ainsi que le manager du groupe pour cette interview. Merci aussi à Emma pour la retranscription.