Arcane Roots @ Warmaudio – 17/03/18 : De l’art du changement

On continue notre mois de Mars rempli de concerts avec celui d’Arcane Roots. Au report, on retrouve la belle plume d’Eléonore tandis qu’aux photos, c’est Anaïs qui s’y colle. Formidable duo.

Après la superbe mise en bouche signée Grumble Bee et sa voix envoûtante, et de longues minutes d’attente à observer la salle se remplir petit à petit, Arcane Roots entre sur scène.

Ils ne sont que trois et pourtant dégagent une énergie incroyable. Les premières notes d’”Off the Floor” retentissent et cristallisent déjà les émotions. Parce que oui, sur scène, les trois anglais s’impatronisent pour nous présenter une musique efficace, entraînante, entre voix cristalline et petit growl des familles, entre puissance et finesse absolue. Ils interprètent notamment “Landslide”, “Before me” ou encore “You Are” avec une exactitude et une minutie toutes deux incroyables.

Avec son dernier album, Melancholia Hymns, le groupe nous avait communiqué son envie d’expérimenter musicalement vers de l’ambiant, un son beaucoup plus doux, posé et moins brut que les opus précédents.
Là où les plus bourrins d’entre nous pourraient faiblir face à l’évocation de ce changement soudain, la réponse du groupe sur scène effacera rapidement leurs craintes: Arcane Roots propose un son entre douceur aérienne et brutalité affirmée, entre petites touches d’ambiant et mathrock énervé. Tout ce qu’on aime.

Andrew Groves, qui jouait du piano assis © Anaïs Montigny (One Standing)

Si, au delà de cette dernière évolution musicale, il ne fallait retenir qu’une chose de la part d’Arcane Roots, ce serait la voix d’ Andrew Groves. Sous ses airs de bûcheron viril se cache une voix extrêmement précise, claire et juste, totalement aux antipodes de ce qu’on pourrait imaginer sortir du bonhomme. Il fait sans aucun doutes partie de ces rares artistes qui sonnent encore mieux en live qu’en studio. Et ça, ne serait-ce pas la marque des plus grands ?

En ajoutant à ça la basse d’Adam Burton, emmenée par la puissante batterie d’un Jack Wrench en très grande forme durant tout le concert, on observe dès les premières secondes des mouvements de foule de la part de la fosse, galvanisée par ce qui se passe sur scène. Mention spéciale à leur interprétation de “If Nothing Breaks, Nothing Moves” et “Matter”, deux morceaux de l’EP Heaven & Earth, et qui m’ont personnellement carrément foutu les poils. Cette sensation de frisson néanmoins fortement sympathique a été renforcée par le lightshow extrêmement minimaliste, nous plongeant dans une ambiance très intimiste à l’intérieur du Warmaudio.

Adam Burton, concentré © Anaïs Montigny (One Standing)

Au final, s’il faut retenir quelque chose de ce concert, c’est que ça valait le coup de se geler les miches jusqu’à Décines (comprendre l’autre bout du monde) un samedi soir. En sortant du concert, on se dit que finalement, cette -petite mais présente- remise en question de sa propre musique aurait donc pu desservir le groupe, mais le fait de prendre de nouveaux chemins aura donc eu l’effet totalement inverse, et la musique proposée par Arcane Roots s’avère être de plus en plus variée et intéressante. Et en live, ça se ressent. On ajoute à ça une adresse et une finesse dans l’exécution des morceaux de la part des musiciens, ainsi qu’une voix incroyable et on obtient un concert absolument parfait. Définitivement, Arcane Roots arrive à faire ce que bon nombre de musiciens rêvent sans trop réussir: être encore plus bluffants en live qu’en studio. Et rien que pour ça, respect. Merci donc à Alternative Live pour nous avoir proposé ce fabuleux instant de musique.