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Phedora – The House of Ink

Ah… je me souviens encore du jour où j’ai découvert Phedora. Une douce journée de septembre 2007. La brise automnale soufflait dans mes cheveux, tandis que les rayons du soleil caressaient mon dos… non en fait ça c’est pas du tout passé comme ça. La vérité est tout autre, et bien moins stylée. Phedora était, comme une infinité d’autre formation, englué dans les bas-fonds de ma playlist, et n’est parvenu à les quitter que grâce au tout-puissant hasard de la lecture aléatoire. Paye ton anecdote. Mais réjouissez-vous, et remerciez le Shuffle, qui me permet aujourd’hui de vous livrer cette chronique.

Replaçons le contexte. Phedora est une nouvelle bande, fraîchement débarqué de Pologne, direction nos oreilles avec leur premier album, The House of Ink. Ici, nous avons affaire à du Rock / Métal alternatif, et dans l’idée, si vous aimez RED, Breaking Benjamin ou Pain of Salvation, vous allez bien vous entendre avec le son proposé. Mais au final, que penser de cette première livraison ?

Déjà, première remarque, tout à fait subjective : la pochette est très jolie. J’aime beaucoup le design avec l’effet encre, et c’est un bon point. Mais si l’emballage est sympathique, ce qu’il contient vaut également le détour. Car tout au long des treize morceaux qui composent cette galette, les polonais vont réussir à créer une bien belle atmosphère. Tout commence avec « Of Ink », la chanson d’introduction. La plupart du temps, je n’aime pas ces titres, car ils sont souvent anecdotiques, et on a le sentiment que c’est juste là pour meubler. Ici ? Pas vraiment. Mais j’y reviendrais plus tard.

Une fois cette chanson d’introduction passée, les choses sérieuses commencent réellement. Phedora pose les bases de son style. Des instrumentaux épiques pour commencer, une légère accalmie sur les couplets, et des refrains qui explosent. C’est assez classique dans l’idée, mais c’est très, très efficace. « One Breath Away » et « Meet Me in the Limbo » en sont les parfaits exemples. Ces deux titres seront la base du son de Phedora. Car derrière, sur les cinq morceaux qui suivent, les influences des polonais sont bien plus visibles. D’abord, « Something To Lose », dont la construction rythmique des couplets rappelle beaucoup « Venom » de Bullet For My Valentine. Puis, « Embers », avec ses légères touches électro, et ses couplets presque rappés. Le titre est très nu-metal dans l’âme, et ressemble pas mal à ce qu’à proposé Papa Roach dans ces deux derniers albums. Le sixième titre de la galette, « Chasing Snowflakes », n’aurait lui pas fait tâche sur un album de Thousand Foot Krutch, même si on a aussi une rythmique qui rappelle « One Breath Away », entendu plus tôt.

« Paper Streets » et « Wish You’d Lie » sont les deux derniers titres ou l’influence d’autres groupes se ressent vraiment. Toutefois, ce n’est pas aussi prononcé que sur les trois morceaux précédents. La première fait penser à un titre de Breaking Benjamin, tandis que la seconde m’a fait pensé à un bon vieux Linkin Park. Mais au-delà de ces inspirations, ces deux morceaux apportent un vrai plus à l’album. « Paper Streets » d’abord, car c’est la première fois que les paroles renvoient à l’introduction. En effet, les paroles de « Of Ink » parlaient de construire une maison d’encre (The House of Ink, pour ceux qui n’auraient pas compris). Et c’est sur cette septième piste que l’on entend à nouveau ce terme, avec une jolie mise en forme lyrique : « And so the paper streets / become the house of ink ». Ensuite, « Wish You’d Lie », si elle n’est pas la piste la plus marquante, laisse entrevoir une piste que le groupe pourrait explorer dans le futur : l’utilisation du growl. C’est à peine un aperçu que les polonais nous donne, mais ça a le mérite d’être là.

Dans l’ensemble, cette première moitié de galette est très intéressante, avec des mélodies de bonnes factures, des instrumentaux épiques, notamment dans les intros, et une vraie qualité dans l’écriture. Arrive alors « Nevergreen », la première ballade. Avec ce titre, on entre dans une nouvelle phase du disque, plus calme, plus aérien (même si ce côté aérien avait déjà été exploité dans les autres morceaux). La chanson est d’abord très calme, mélancolique, mais monte progressivement dans un crescendo dont l’apothéose est un très bon solo de guitare. Suis immédiatement « All Is Mine », qui prend vraiment la suite de son prédécesseur. Sur ces deux titres, Phedora créé une nouvelle atmosphère, presque dramatique, sans perdre le côté aérien et mélancolique qui marche si bien. « All Is Mine » est un très beau titre, bien aidé par une intro instrumentale épique, un refrain qui explose, et surtout un pont en double voix très réussi. Enfin, on entend de nouveau parler de « the house of ink », qui effectue sa troisième apparition, confirmant ainsi qu’il s’agit bien du fil directeur de ce disque.

On arrive à la fin de la galette, avec « Succubus », le plus long titre proposé (6:28 quand même). Celui-ci prend le total contre-pied des deux morceaux précédents, avec une intro qui a cessé d’être épique pour devenir creepy, avec ces sons tout droit tirés de ces jouets pour enfants, qui jouent de petite mélodie pour les aider à dormir. L’atmosphère n’est plus calme du tout, elle s’est alourdie. Le pont coupe un peu cet effet, puisqu’il arbore un effet très nostalgique. Mais ce n’est qu’une façade, puisque la sensation de lourdeur revient très vite. Si nous étions dans une œuvre de fiction, « Nevergreen » et « All is Mine » seraient les passages où le héros contemple l’immensité de sa tâche, et se remémore avec nostalgie le temps où les problèmes n’existaient pas, tandis que « Succubus » représenterait l’état d’urgence, le moment de vérité, qui décidera de la réussite ou non de l’entreprise du héros. Si vous aimez fermer les yeux et imaginer une histoire dont l’album serait la bande-son, vous comprenez très bien ce que je veux dire.

Avant-dernier titre, « Kingdom Gone » est l’apothéose de tout l’album. L’intro reprend le côté lourd de « Succubus », puis s’en affranchi peu à peu, pour revenir à une mélodie qui fait de nouveau penser à du Linkin Park. Le titre prend tout son sens arrivé au refrain : celui-ci reprend exactement l’instrumental et les paroles de « Of Ink », faisant ainsi écho au premier titre de l’album. De plus, cette douzième piste fait également référence à « Paper Streets », en plaçant de nouveau une référence au papier (ici « paper throne », clin d’œil aussi au titre de la chanson). Dans l’idée, « Kingdom Gone » aurait tout à fait pu être placé en deuxième place sur la tracklist, tant il est la suite logique de la première chanson. Mais placé à la fin, il donne la sensation que la boucle est bouclé, et le decrescendo opéré en outro abonde dans ce sens.

Et pourtant, ce n’est que l’avant-dernier titre. Pour clore l’album, Phedora à donc choisi une nouvelle ballade « It Was Just A Dream », qui fait presque office de chanson de trop, lorsque ses premières notes résonnent dans nos tympans, car « Kingdom Gone » semblait conclure parfaitement la galette. Mais finalement, le titre est très réussi, avec un combo guitare acoustique / guitare électrique bien pensé, et cette sensation du retour à la réalité, évoquée dans le titre, et à laquelle les paroles font aussi référence : « It was just a dream / A world I built with my own hands ». Finalement, « the house of ink » n’était que le fruit de notre imagination, et comme le dit la chanson « There’s no happy end ».

En résumé, et sans qu’on en ai vraiment l’impression, Phedora raconte, avec The House of Ink, une vraie histoire, et c’est palpable dans la deuxième partie de l’album (à partir de « Nevergreen » en fait). Musicalement, les polonais offrent une production remplie de titres très efficaces, qui vous feront secouer le crâne avec virulence. Pas grand-chose à jeter, beaucoup de bonnes idées, des pistes artistiques encore à explorer… Phedora, c’est très prometteur, et personnellement, je ne peux que remercier la lecture aléatoire de me les avoir fait découvrir !

MattRouq

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