LTE 3 (Liquid Tension Experiment) : Un retour aux affaires phénoménal

Vingt-deux années, c’est le temps qu’il aura fallu à l’un des plus reconnus supergroupe du monde des musiques progressives pour faire son retour en studio.

Liquid Tension Experiment est un quatuor formé en 1998 autour de quatre membres étant aujourd’hui des musiciens très expérimentés et surtout établis. Deux de ces derniers ont d’ailleurs contribué à la création d’un groupe de metal progressif de nos jours rangé parmi les légendes du genre : Dream Theater, à savoir Mike Portnoy (batterie) et John Petrucci (guitare). Ces deux artistes sont accompagnés de Jordan Rudess (claviers) qui demeure être actuellement aux côtés du guitariste au sein du quintette new-yorkais ainsi que de Tony Levin, gargantuesque joueur de basse et de chapman stick.

La raison de cette longue absence réside dans le fait que durant l’année 1999, alors que le quatuor sort à peine son second album studio : Liquid Tension Experiment 2, Jordan Rudess remplace Dereck Sherinian au sein de Dream Theater. Cette arrivée aura pour cause de remettre en question la pertinence du groupe, menant ses quatre protagonistes à laisser le navire de côté. Plus de deux décennies après, les choses ont changé. Mike Portnoy a quitté la formation à laquelle il avait donné naissance avec ses deux camarades John Petrucci et John Myung sur les bancs de la prestigieuse école de Berklee. Cette décision aura pour effet de momentanément stopper toute collaboration artistique entre eux durant un très long moment. Laissant alors le temps au batteur de vaquer à de très nombreux projets tels que Transatlantic, Winery Dogs, Flying Colors ou encore ses nombreuses autres associations avec Neal Morse.

Ce dernier finit par revenir à son premier amour musical, à savoir le metal progressif lorsqu’il fonde en 2017 le supergroupe Sons of Apollo. Alors accompagné de Dereck Sherinian (claviers), Jeff Scott Soto (chant), Ron Thal Bumblefoot (guitare) ainsi que de Billy Sheehan (basse). Ce retour aux sources ravivera au batteur son goût pour les projets au style complexe et très tortueux, lui rappelant évidemment son travail avec un camarade de très longue date. C’est ainsi que Mike Portnoy et John Petrucci vont alors collaborer ensemble pour la toute première fois depuis son départ de Dream Theater pour l’album solo du guitariste paru l’année dernière. Une fois la connexion rétablie entre les deux musiciens, Liquid Tension Experiment pouvait reprendre vie.

L’entièreté des fans pensaient le projet mort, tant ce dernier, excepté quelques morceaux joués en live à droite et à gauche, ne faisait plus parler de lui. Mais en décembre 2020, après une longue années éreintante pour beaucoup, le quatuor annonce relancer la machine sous l’écurie reine du monde progressif actuel : Inside Out. La recette demeure être la même que deux décennies auparavant. Une musique instrumentale de très haute volée proposant des compositions tortueuses aux forts relents de démonstration technique. Pour ceux qui sont déjà fins connaisseurs du projet, le terrain est déjà repéré, connu et assimilé. Ici, on retrouve les musiciens ou ils nous avaient laissés après Liquid Tension Experiment 2, le but ici n’est donc pas de nous surprendre.

Il faut dire qu’une telle entreprise aurait constitué un pari très risqué, tant ce retour était vivement attendu par un grand nombre d’amateurs de musiques progressives. Ce troisième opus fait le choix de directement nous plonger dans le bain avec le titre d’ouverture “Hypersonic” et son intro constituée d’un véritable déferlement de notes. On retrouve ici le style de composition propre aux quatre musiciens, à savoir à la fois très complémentaire mais aussi très solitaire tant les soli s’avèrent être nombreux. Les styles de chacun des membres sont également très reconnaissables, avec notamment les parties de batterie très percutantes de Mike Portnoy ou encore les arrangements toujours très hauts en couleurs de Jordan Rudess. L’utilisation régulière du chapman stick de Tony Levin apporte également une certaine dose d’originalité sonore venant à merveille compléter la guitare de John Petrucci écrite et interprétée d’une main de maître.

L’une des indéniables forces de ce Liquid Tension Experiment 3 est son sens du rythme superbement bien maîtrisé. Le risque avec ce genre d’albums est d’avoir un tempo trop irrégulier rendant l’ensemble très difficile d’écoute et nettement moins intéressant. Ici le problème ne se présente pas, à vrai dire c’est même tout l’inverse. Le quatuor met en place à travers ce troisième opus une eurythmie contrôlée de bout en bout permettant de très bien digérer de multiples écoutes. Cette constance est notamment dû à une qualité de composition très au-dessus de la moyenne. Liquid Tension Experiment utilise un arsenal théorique très vaste et surtout varié. Usant de dynamiques changeantes, de structures langoureuses et implexes, de métriques complexes, souvent impaires et variant régulièrement.

Les articulations plus sobres et épurées sont aussi très bien choisies et placées avec malice. On peut par exemple penser au second titre de ce troisième volet “Beating the Odds » qui rappelle l’une des influences principales de Mike Portnoy et John Petrucci : Rush. Non seulement ces passages plus mesurés constituent un véritable répit mais en plus ils permettent un véritable gain d’efficacité aux percées techniques courantes chez ces musiciens mais les rendent aussi plus impressionnantes et impactantes. Les dynamiques jouent également un rôle important dans cette démarche. On retrouve au sein de Liquid Tension Experiment 3 des morceaux bien plus doux et calmes qui marquent une césure entre deux titres survoltés.

Même après vingt-deux années d’inactivité, Liquid Tension Experiment reste l’un des collectifs parvenant à penser et mettre en musique des albums toujours excellents À la fois très riches mais aussi accessibles. Avec ce troisième volet, non seulement le groupe offre ce que les fans attendent depuis plus de deux décennies, à savoir une réunification et signe un retour à la fois très réussi et cohérent. En étant varié en termes d’ambiances, assez facile d’écoute et décomplexé, ce troisième album se hausse à un très haut niveau technique et arrive à garder un rythme bien géré. Malgré son heure au compteur, Liquid Tension Experiment 3 ne vous laissera pas sur le carreau si vous êtes friands de metal progressif instrumental et barré. Bien au contraire, il vous offrira certainement une des œuvres qui vous marquera le plus en 2021.